Lettre N° 34 - 4ème
trimestre 1991
ÊTRE
ENSEIGNANT AUJOURDHUI
LA BOURRASQUE
Aborder dans un article de proportions modestes, les
problèmes des enseignants à la fin dune année qui nous a offert de nombreux
livres sur le sujet est sans doute téméraire, mais je voudrais me faire lécho de
trois de ces livres avant de proposer ma réflexion déjà ancienne sur la vocation de
professeur. Pourquoi attacher tant dimportance à ce sujet ?
Cette question nest pas nouvelle, en 1977 on
avait organisé dans une école normale de la région parisienne un débat sur le sujet
suivant "Comment peut-on encore être Prof. en 1977". Au cours de ce débat on
avait remis à Claude DUNETON un prix récompensant un livre sur son expérience
denseignant et dont le titre était "Je suis comme une truie qui doute".
LEducation Nationale est en crise depuis fort
longtemps - les réformes se succèdent à un rythme accéléré - les résultats sont de
plus en plus inquiétants, on change les matières, les options, les horaires, les
programmes, on ajoute là, on enlève ailleurs, on joue sur les mots, on modifie les
structures, on invente de nouvelles méthodes - dernière nouveauté les I U F M
(Instituts Universitaires de Formation des Maîtres).
Malgré tout la situation est toujours aussi
inquiétante. Tous ces projets multiples dont certains naboutissent jamais ont pour
effet de créer un désarroi dans le corps professoral, chez les parents et même chez les
élèves.
Dans lancienne pédagogie, on apprenait aux
futurs professeurs que les enfants avaient besoin de sécurité et quil fallait
toujours suivre le même ordre dans lorganisation de son cours. Hélas ! nous sommes
loin de cet idéal.
Les raisons en sont multiples et je vous renvoie aux
trois livres dont je parlais plus haut, et qui se complètent assez bien. "Ecrits sur
lEnseignement" de Jacqueline de ROMILLY (de Fallois). Il sagit de la
réédition de deux ouvrages, lun écrit en 1968 "Nous autres Professeurs"
lautre en 1984 "Lenseignement en détresse". Une préface fait le
point sur la situation en 1991. Madame de ROMILLY est une universitaire, une
académicienne mais surtout "Une femme qui a consacré toute sa vie à son métier de
professeur" et qui souffre dautant plus de voir la dégradation actuelle
quelle avait mis plus haut son idéal dhelléniste.
Le second livre est écrit aussi par un universitaire ;
"Pourquoi ont-ils tué Jules Ferry" ?", Philippe NEMO (Grasset) appartient
à une autre génération qui na sans doute pas la même vénération pour le passé
mais sa critique est véhémente. Après avoir mis en évidence léchec scolaire et
le retour des inégalités Philippe NEMO ne craint pas de parler dun système
soviétiforme.
Le troisième livre qui me semble pouvoir rejoindre les
deux précédents est bien différent. - "Cur de Prof." (lannée
sabbatique dun cadre supérieur dans lenseignement secondaire) - (Calmann
Levy).
En effet, Bernard HOUOT, ancien élève de
lécole polytechnique a voulu être professeur de mathématiques dans un
établissement de Lyon et il nous livre ses réflexions sur son expérience.
Les critiques sont celles dun homme venu de
lindustrie et qui regarde lécole dun il neuf et sans préjugés,
il rejoint cependant en partie les jugements précédents mais son point de vue devrait
être plus convaincant, aux yeux du grand public qui a tant de peine à comprendre ce
quest le métier de professeur.
Je retiens le chapitre 5 particulièrement intéressant
pour le sujet qui nous intéresse. Bernard HOUOT compare les méthodes de recrutement,
celles de lindustrie et celles de lEducation Nationale. Il évoque les
entretiens, les visites, les interviews qui précèdent la signature dun contrat
avec une entreprise. Pour lenseignement qui est la communication par excellence, un
diplôme donnant le doit denseigner suffit ! Mais il vaut mieux citer Bernard HOUOT
"Dans le processus de recrutement et laffectation des professeurs, jai le
sentiment que lEducation Nationale a perdu le goût de la rencontre des autres.
Lautre, cet être humain, ce professeur quil faut gérer et reconnaître,
cest bien sûr une somme de complexité".
Quelle solution proposent ces trois livres ? De
nombreuses dont je retiendrai la principale, une place essentielle donnée à la liberté.
Madame de ROMILLY insiste sur le "savoir"
facteur de formation et de liberté et pour atteindre ce savoir, sur lesprit de
compétition.
Philippe NEMO et Bernard HOUOT réclament aussi une
autre liberté celle de créer des écoles. Philippe NEMO souhaite des "créateurs
décole" "Des hommes et des femmes qui osent concevoir des projets
décole innovateurs et spirituellement libres". Le dernier chapitre de
"cur de prof." est une lettre à Lionel JOSPIN où lon peut lire
entre autres "Ma demande, cest celle de pouvoir créer une école près de chez
moi".
Comment financer ces initiatives? par des chèques
éducatifs selon le premier, en déduisant de ses impôts le montant de la scolarité de
ses enfants, selon lautre.
Ces remarques, bien évidemment, ne suffisent pas à
résumer ces trois livres très riches en analyses et en suggestions.
Cependant, ces ouvrages nous permettent de revenir au
sujet important, lécole, et à une de ses composantes essentielles "le
maître". La crise de lécole nest-elle pas en partie celle des
enseignants ?
*
* *
Même si lon se borne aux maîtres du secondaire,
la variété des situations est extrême. Les "grands" lycées échappent
peut-être encore au désastre. Comment comparer un établissement situé dans un quartier
résidentiel avec tel L E P des grandes banlieues ?
La situation est donc très variable. Cependant, le
malaise est là qui aboutit au doute, au désespoir, à la dépression quand ce nest
pas au suicide ; quand cela est possible, beaucoup sorientent vers dautres
métiers plus rémunérateurs et moins pénibles, où lon nest pas nommé
aveuglément à des postes lointains, et ainsi léducation nationale perd des
éléments de valeur au profit des entreprises privées.
Autre problème, la baisse inquiétante du niveau des
élèves rend la tâche des professeurs surhumaine dautant plus que
laugmentation des effectifs ne permet pas de sintéresser aux plus faibles
pour les "repêcher".
Des effectifs pléthoriques favorisent
lindiscipline, linsolence, les chahuts et dans les établissements où
lencadrement est insuffisant, ces situations sont insolubles et pour certains
professeurs, la seule issue est le congé maladie, la retraite anticipée ou la fuite.
En effet, le professeur nest plus respecté, il
na plus dautorité, il exerce selon un sociologue "Un métier de classe
moyenne".
Cette expression est inquiétante, le professeur est vu
comme un employé interchangeable, cette situation est selon Philippe NEMO
"radicalement incompatible avec la nature même de la tâche enseignante".
Ce dernier poursuit plus loin son raisonnement en
affirmant "quune société ne peut être éduquée" que par "une
aristocratie de lesprit comme elle la été de fait en Europe depuis
quil existe des écoles".
Je névoque, que pour mémoire les conditions
financières, elles sont plus difficilement supportables quand le métier nest plus
gratifiant.
Autrefois, les professeurs acceptaient des
rémunérations modestes, car ils faisaient un métier exaltant, maintenant, beaucoup
vivent leur situation comme un bagne. Il faudrait au moins avoir une compensation
financière pour accepter cet avenir sans horizon.
Comment un professeur ne serait-il pas révolté quand
il entend une présentatrice dun journal télévisé du week-end annoncer tout
naturellement quelle gagne 60.000 francs par mois. Nous vivons une période où
toutes les valeurs sont bafouées. Former les esprits, soigner les corps, exercer la
justice, quelle importance ! mais taper dans un ballon, renvoyer des balles, montrer son
joli minois sur le petit écran voilà ce qui se pale dans la société moderne.
Jaurais envie de dire une société a
lécole quelle mérite, malheureusement, cette société, qui vit encore sur
la lancée du passé, paiera sans doute cher ce mépris pour le savoir, car, le vrai rôle
de lécole cest bien la transmission du savoir et à travers ce savoir la
possibilité dune formation, dune éducation, dune culture.
Cette transmission du savoir, passe par les
professeurs. Lécole secondaire, ce sont des cours où le professeur et ses élèves
sont dabord face à face puis peu à peu forment une communauté et lessentiel
de la formation se passe là, si le professeur est compétent, a quelque talent de
communication, et des effectifs acceptables, laffaire est gagnée. Bernard HOUOT
éprouve cette même impression "vous êtes plongé dans un bain de jouvence. Il vous
arrive déprouver un sentiment de grande plénitude".
Quimporte le reste ? les horaires, les
programmes, les réformes.
Cest pourquoi, tout doit être fait pour redonner
aux enseignants un savoir solide, une dignité, des conditions matérielles acceptables
(effectifs, cadre, sonorisation, petites choses dont limportance est grande) une
discipline générale de létablissement assurant un minimum de calme et enfin
surtout la liberté.
Les meilleurs, les plus courageux dentre eux ont
su prendre cette liberté sans attendre quon la leur donne et ce sont ceux-là qui
restent aux yeux de leurs anciens élèves des "maîtres". Si jen crois
Bernard HOUOT cest aussi lattitude de léducation nationale qui est à
revoir.
Pour elle, lenseignant est un numéro, ce sont
des circulaires anonymes qui règlent la carrière.
Ladministration doit respecter les enseignants au
lieu de les traiter comme des objets sans valeur et sans âme.
Il y a une quinzaine dannées on mavait
demandé de réfléchir sur la vocation de professeur, jai pensé quil serait
peut-être intéressant de reprendre certains passages de cet article dans le cadre de
réflexions sur les problèmes des enseignants.
Après avoir insisté sur la nécessité davoir
une solide formation universitaire afin de dominer la matière à enseigner sans négliger
les apports de la psycho-pédagogie, larticle continuait ainsi : cependant toutes
les connaissances universitaires, toutes les notions psychopédagogiques ne suffisent pas
à "faire" un professeur, il y faut aussi certaines aptitudes fondamentales :
Un équilibre ou plutôt une "tendance à
léquilibre" car, lorsquon choisit ce métier, on est à peine sorti de
ladolescence et lon a pas encore fait dans sa vie "cette unité"
vers laquelle tous, doivent tendre et qui est une des conditions pour être un
"éducateur". Le professeur à travers la discipline quil enseigne doit
avant tout aider ses élèves dans leur propre formation. Comment le faire si lon
nest pas soi-même capable de se former ?
Un certain détachement :
Un détachement qui doit allier les contraires :
lamour et lindifférence. Je mexplique : Il faut "aimer" ses
élèves, tous ses élèves : les doués et les moins doués, les sympathiques et les
autres, les chahuteurs et les calmes, les aimer avec leurs qualités et leurs défauts,
leurs aptitudes et leurs manques ; il faut vouloir leur réussite, mais il ne faut pas en
faire un instrument dune réussite personnelle ; il faut avoir de ce fait, une
certaine indifférence à leurs réactions, leurs moqueries, leur manque dintérêt,
leur échec même (que savons-nous de ce qui apparaît comme un échec ?).
Une aptitude à la communication, à la relation, car
le métier de professeur implique un dialogue permanent avec les élèves, une
collaboration active avec tous les membres de la communauté éducative (collègues,
encadrement, direction, parents).
En contradiction apparente avec ce qui précède, une
capacité à mener sa vie professionnelle, seul.
Dans le système actuel, lorsquun professeur a
fini ses seize heures, ses dix-huit heures ou ses vingt heures, il est seul. Le danger
serait de croire que le travail est fini ; même danger durant les mois de vacances. Il
faut un sens de lorganisation, une volonté de travail personnel pour faire
correctement son métier. Ce ne sont pas les différentes formes de contrôle extérieur,
y compris linspection, qui seront une aide si lon na pas en soi une
volonté suffisante pour se prendre en main et utiliser les moyens collectifs que tel ou
tel groupe de travail propose.
Tels sont, me semble-t-il, quelques uns des points sur
lesquels il faut réfléchir avant denvisager de devenir professeur, sans se laisser
séduire par la perspective des vacances ou par lambition plus noble de participer
à la formation de "petits génies".
Ce que je vais dire maintenant sur les difficultés et
les joies de ce métier reprendra certains aspects de la première partie de cet exposé.
Ce métier, suivant la personnalité de chacun, peut
conduire à des résultats opposés.
Aboutir à une sorte de puérilité est un des premiers
dangers que je vois. Nous vivons toujours au contact denfants et dadolescents
et nos rapports avec les adultes sont relativement rares. Il faut donc toujours rester en
éveil pour ne pas tomber dans linfantilisme et faire, au contraire, de cette
relation fréquente avec les jeunes, un facteur de rajeunissement. En effet, si, subissant
le sort commun, nous vieillissons, nous nous retrouvons tous les ans devant la même
tranche dâge, et au contact de nos élèves nous pouvons évoluer peu à peu avec
les générations, si évidemment nous avons décidé de les comprendre et non de les
juger sans appel.
Infantilisme ou éternelle jeunesse, cest de
notre attention que dépend la réponse.
Une autre difficulté de ce métier, difficulté mise
en évidence ces dernières années : lécole est coupée de la vie réelle ; nous
avons ce paradoxe que des professeurs qui devraient préparer les enfants à la vie,
risquent de mal la connaître. Les statistiques prouvent que les enseignants vivent entre
eux et ont beaucoup de peine à sortir de leur milieu. La difficulté dans
linstauration dun vrai dialogue avec les parents vient souvent de là. Selon
le milieu social auquel appartiennent les élèves, le professeur est regardé dun
il protecteur ou dun il respectueux. Cest tantôt le "pauvre
type" qui est assez fou pour soccuper de ces garçons et de ces filles dont
deux ou trois suffisent à épuiser les parents, tantôt
lintellectuel", celui qui sait et a tout pouvoir, pouvoir
mystérieux pour orienter lenfant vers la "Faculté" ou les "classes
techniques". Rarement sétablit un dialogue dégal à égal et ce
nest pas toujours la faute des parents. Les enseignants doivent donc veiller à ne
pas senfermer dans leur milieu, mais à essayer de vivre le plus possible au contact
dautres métiers, dautres milieux davoir des ouvertures réelles et non
théoriques et/ou livresques sur les problèmes de la vie moderne.
Cest DESCARTES qui recommandait davoir un
système de relations, "de fréquenter des gens de diverses humeurs et
conditions". Même sils paraissent quelquefois négliger leur métier, en
réalité, par ce contact avec lextérieur, les professeurs favorisent leur
épanouissement, enrichissent leur enseignement, et cela est indispensable pour leurs
élèves.
Les gens de lextérieur pensent que ce métier
est monotone, quon recommence tous les ans la même chose. Quon me dise
dabord quels sont les métiers qui ne comportent pas une part de monotonie !
Ensuite, je répondrai que, comme je le disais plus haut, chaque année ce sont de
nouveaux élèves à découvrir de nouveaux problèmes à trancher, une nouvelle classe à
conquérir, même sil faut, selon les matières et les niveaux, un peu rabâcher. On
peut toujours se renouveler à condition de le vouloir.
Engourdissement et pétrification, renouvellement et
dynamisme, telle est lalternative.
Le métier de professeur est très éprouvant, et là
ce ne sont pas des gens de lextérieur qui le diront, car pour tout le monde,
lenseignant est celui qui a trois mois de vacances. Il faut bien savoir que tant
quon na pas exercé ce métier, on ne peut avoir aucune idée de la tension
quil exige et de lépuisement dans lequel on se trouve au bout dune
journée de cours. De plus, si les heures de présence sont limitées, le travail ne
sarrête jamais, un cours nest jamais assez prêt, la préparation lointaine
ou immédiate est permanente.
En revanche, ce travail peut être très enrichissant.
La meilleure manière dapprendre cest
denseigner aux autres. Tous les professeurs un peu sincères avec eux-mêmes seront
de cet avis. Quand on se présente pour la première fois devant des élèves, on sait
très peu de chose. Cest grâce à eux, à leurs questions, à leurs exigences, que
peu à peu on approfondit tel aspect du programme, on clarifie certains points restés
obscurs. On apprend !
Mais cest là un point de vue intellectuel. Le
plus grand enrichissement de notre métier, cest que nous travaillons avec des
êtres vivants, cest à lélaboration de la vie que nous participons... même
si notre rôle est très diminué dans la société actuelle, il existe encore, et ce
métier malgré ses difficultés est une source de joie.
*
* *
Je relèverai une dernière contradiction. Parmi les
exigences de ce métier, le respect de lenfant et de ladolescent est un
impératif. Or ce respect implique non seulement quon donne à lélève la
possibilité dêtre lui-même, mais aussi quon assure son droit à la
vérité. Une des tentations de lenseignant est la comédie, or les élèves exigent
de nous que nous soyons vrais. Nous devons leur dire ce que nous sommes, ce que nous
croyons, la neutralité me semble anti-éducative. La vie est un choix. Comment apprendre
à choisir si soi-même on donne lexemple de lhésitation ou de
lindifférence, ne serait-ce que du point de vue esthétique ?
On pourrait croire, au terme de cet article, que je
pense surtout au professeur et très peu à lélève. En réalité, si le professeur
a "le goût de vivre" sil est "bien dans sa peau", expressions
que lon relève couramment, les élèves par une sorte de contamination atteindront
à un certain équilibre. Cette remarque servira de conclusion ainsi quune phrase de
BERGSON qui me paraît résumer ce que je viens de dire tout en rejoignant la formulation
plus moderne "On napprend pas ce que lon sait, lon apprend ce que
lon est". BERGSON disait : "Toute mon application, je la réservais pour
ma culture personnelle, pour ma vie intérieure, pour mes lectures profondes, pour la
recherche de la vérité... mes élèves profitaient... de cette source inconnue".
Tel était létat de ma réflexion en 1977.
Aurai-je quelque chose à changer. Je ne crois pas si je me place du point de vue de
lidéal, mais si par hasard quelque malheureux enseignant dans ces établissements
qui sont pillés et qui font la Une des journaux (et encore on ne nous dit pas tout) me
lit, il pensera que je retarde de quinze ans. Peut-être !
Est-ce une raison pour ne pas croire à lavenir ?
Madame de ROMILLY dans la préface de son livre,
parlait de sa ferveur toujours intacte ainsi que de son attachement au service public.
Bernart HOUOT a découvert dans ses collègues
dune année, des Professeurs heureux et il va jusquà conseiller à ses amis :
"Si vous êtes tenté par lenseignement
écoutez votre cur. Osez quitter votre entreprise le temps dune année
sabbatique".
La conclusion de Ph. NEMO est sans doute moins
enthousiaste mais résolument optimiste en ce qui concerne les possibilités dune
réforme libératrice de léducation en France.
Trois livres imprimés en 1991 après avoir été
sévères pour la situation actuelle, offrent un peu despoir. Leurs auteurs croient
que des hommes de bonne volonté existent encore pour faire changer le système.
Croyons, quant à nous, que des professeurs ayant
"la vocation" prendront la relève et que la société leur assurera le respect,
la dignité indispensable pour ceux qui doivent former les esprits et les caractères des
futures générations.
Yvonne POIRIEUX
Présidente de lAssociation Rhodanienne
pour la Liberté de lEnseignement (ARLE).
Jespérais me donner un peu de répit, éviter de
lasser les lecteurs en ne participant pas à la rédaction de ce numéro de notre Lettre.
Cétait vivre dans lillusion. La politique conduite par M. JOSPIN suscite
actuellement de tels phénomènes de rejet que les adhérents dEnseignement et
Liberté ne me pardonneraient pas de rester silencieux.
Quelques caractères distinguent la crise qui vient
déclater, car on ne peut douter quil sagisse dune crise :
Toutes les situations, qui ont engendré cette
agitation qui reste actuellement larvée, ont en commun dêtre sans précédent,
soit par la nature du phénomène, soit par son ampleur.
Lenseignement privé a lhabitude
dêtre mal traité. Mais, depuis de nombreuses années, on navait jamais
abouti à une telle accumulation en matière de retards de paiements (forfait
dexternat, subvention pour la formation des maîtres, subventions
dinvestissements). Je renvoie à lexcellent document de la Commission
permanente du Comité national de lenseignement catholique publié dans le n° 167
dECD pour les détails techniques. On parle de 5 milliards qui auraient dû être
versés si on avait respecté cette parité quexige léquité ou plus
simplement la loi. LUNAPEL qui a pourtant fait montre dune patience à mon
sens excessive doit se révolter devant lampleur de linjustice et il ny
a pas lieu de sétonner si la base manifeste.
Comme en 1984, cest la Bretagne qui a commencé
à faire parler delle (20.000 manifestants) et il ny aura pas lieu de
sétonner si le mouvement sétend.
Les élèves de lI.U.F.M. sont furieux des
contraintes ineptes que leur impose une formation ridicule où ils napprennent pas
la discipline quils auront à enseigner. Ils sindignent de ne rien savoir sur
le sort qui leur sera réservé, sur lavenir des concours de recrutement. A vrai
dire, pour la première fois depuis lhistoire de la République, on recrute depuis
quelques années des fonctionnaires avant davoir défini leurs fonctions, droits et
obligations !
Cest aussi la première fois - du moins en temps
de paix ! - que des fonctionnaires attendent plusieurs mois leur traitement : cest
pourtant le cas dun certain nombre dinstituteurs en région parisienne.
Enfin, y a-t-il des précédents à cette fermeture de toutes
les écoles de Mantes-la-Jolie (ville de 50.000 habitants) parce que les maîtres estiment
que leur sécurité nest pas assurée ? Ils jouissent de lappui de la
population... tandis que les syndicats essaient dendiguer le mouvement avec leur
discours usé, et quen catastrophe les autorités finissent par accepter de
négocier lorsque le mouvement menace de faire tâche dhuile.
Vraiment, il y a crise de léducation, et bien
au-delà, cest lautorité de lEtat qui est en cause.
Alors est-ce une simple bourrasque ou lannonce
dun ouragan ? Il est un peu tôt pour le dire.
Maurice BOUDOT.
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