Lettre N° 11 - 1re
trimestre 1986
LA
Liberté DE LENSEIGNEMENT EST BIEN UN ENJEU Électoral
UN BON EXEMPLE : LA CONSTITUTION HOLLANDAISE.
LA Liberté DE LENSEIGNEMENT
EST BIEN UN ENJEU Électoral
Cette affirmation pourra être interprétée comme un
prise de position partisane. Or, lassociation "Enseignement et Liberté"
est et demeure indépendante des partis politiques et non confessionnelle.
Mais elle a été fondée afin de défendre la liberté
dans lenseignement public aussi bien que la liberté de lenseignement privé.
Et il nous faut constater où se situent les personnalités politiques attachées à cette
liberté fondamentale, et quels sont, au contraire, ceux qui veulent instaurer un service
public unifié et intégré de léducation nationale (sans se limiter à
linstruction). Une conception quasi totalitaire de lenseignement étant
incompatible avec nos objectifs, nous avons jugé impossible de nous taire.
Nous avons déjà pris position à plusieurs reprises ;
dans notre lettre de décembre, nous avons mis les points sur les i. Aujourdhui,
nous vous entretenons de nos buts immédiats et de notre tactique.
Nous nous devons, en effet, de rendre compte à nos
membres de la manière dont nous remplissons la mission de liberté pour laquelle ils nous
ont accordé leur confiance.
*
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Certains, même hélas parmi les défenseurs de
lenseignement catholique, voudraient faire croire aux électeurs que "la paix
scolaire" a été établie sur des bases acceptables, et durables, par lactuel
ministre de lEducation Nationale.
Et pourtant, parmi tous ceux qui ont manifesté en 1984
leur profond attachement à la liberté de lenseignement, au-delà de tous les
clivages politiques, beaucoup savent, par expérience, que le libre choix de lécole
na pas été vraiment assuré aux mois de septembre et doctobre derniers. Ils
mesurent toute lhypocrisie de lopération danesthésie de lopinion
qui est tentée depuis un an pour endormir les défenseurs de la liberté.
Dailleurs le ministre actuel de lEducation
Nationale na pas caché ses conceptions dans son livre "Le pari sur
lintelligence" :
"Jai fait en sorte que les établissements
privés ne puissent plus se créer en dehors des schémas prévisionnels".
"Jai arrêté un certain nombre de
dispositions simples et pratiques qui, à mon sens, reprenaient tous les points positifs
du projet Savary. Je nai franchement pas eu besoin de forcer mes principes
laïques". Etc...
Nous sommes donc éclairés : Savary et
Chevènement, cest le même combat, suivant des tactiques différentes.
Dailleurs, dans notre lettre du mois de
décembre, nous avons montré :
Devant cette situation, nous estimons que
lUNAPEL ne joue pas son rôle de défense des parents et des jeunes de
lenseignement libre. Nous avons dit notre réprobation dans un communiqué à la
presse, choqué des déclarations de son président qui refuse "de relancer la
querelle scolaire à loccasion de la campagne électorale". Ce nest
pas une querelle qui a été faite aux défenseurs de la liberté de lenseignement :
ceux-ci subissent depuis 1981 une guerre quils nont pas voulue, et qui
nest nullement terminée, quoi quon veuille nous faire croire.
LUNAPEL a signé un armistice sans avoir obtenu le minimum queût été la
sauvegarde des libertés des lois Debré et Guermeur. Faudrait-il considérer comme des
succès les décrets dapplication de la Loi Chevènement ?
Quant à nous, nous travaillons en bonne entente avec toutes
les associations, qui, dans toutes les régions de France se battent pour reconquérir et
élargir la vraie liberté de lenseignement. Leur vocation est plus centrée sur
la seule défense de lenseignement libre. Nous agissons en faveur de la liberté
dans toutes les formes denseignement. Mais vous devez savoir que nous nous
concertons avec elles et poursuivons les mêmes objectifs essentiels.
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Comme nous lavions annoncé par notre lettre du
mois de décembre, nous avons engagé le dialogue avec les responsables nationaux des
partis politiques favorables à la liberté de lenseignement.
Bien entendu, nous leur avons dabord rappelé les
mesures pratiques que toutes les associations amies, et nous-mêmes, réclamons à des
titres divers :
· pour
lenseignement privé, primaire, secondaire et supérieur :
· pour
lenseignement public :
Nous avons aussi réfléchi avec nos interlocuteurs,
aux meilleurs moyens datteindre ces principaux objectifs de la liberté.
Deux évidences nous sont alors apparues, la première
se dégage des insuffisances de la Constitution, et la seconde découle des conditions de
travail que va connaître le Parlement au printemps prochain.
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La première évidence est la nécessité dune adjonction
à la Constitution du 4 octobre 1958 actuellement en vigueur,
afin quelle garantisse mieux la liberté de lenseignement, en la plaçant à
labri des péripéties politiques.
Nous suivrions ainsi lexemple des Pays-Bas
qui ont procédé en 1917 à une révision constitutionnelle pour mettre fin à une guerre
scolaire très sévère, et ont assuré une paix qui dure encore.
Certes dans notre pays le Conseil Constitutionnel a
adopté le 23 novembre 1977 une décision favorable à la liberté de lenseignement
: il a affirmé que la sauvegarde du caractère propre dun établissement lié à
lÉtat par contrat nest que la mise en uvre dun principe ayant
valeur constitutionnelle.
Puis une seconde décision du 18 janvier 1985 a
confirmé lexistence pour les enseignants des établissements privés dun
devoir de réserve qui permet den conserver le caractère propre.
Mais ces deux décisions nous ont donné
loccasion de mesurer les limites des garanties constitutionnelles actuelles de la
liberté de lenseignement. Diverses dispositions législatives ou réglementaires en
vigueur ne sont pas nettement considérées comme inconstitutionnelles bien quelles
entravent gravement la liberté.
Il serait donc très souhaitable de compléter la
Constitution afin de préciser clairement que le "respect des croyances"
(inscrit à larticle 2) implique la liberté denseigner et de recevoir
lenseignement dans un établissement librement choisi, le droit pour les chefs
détablissement de former leur équipe denseignants, ainsi que
légalité absolue de tous les crédits et concours publics accordés aux
établissements publics et privés. Telle a bien été linspiration de la
réforme hollandaise.
Nous avons étudié divers projets de textes qui
permettraient cette réforme constitutionnelle ; nous les avons soumis à des
personnalités politiques qui partagent nos préoccupations, pourraient les adapter aux
circonstances et prendraient les initiatives désirables.
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La seconde évidence nous paraît
limpossibilité matérielle dobtenir du Parlement quil prenne le temps
dexaminer et de voter de nouvelles dispositions applicables dès la rentrée
scolaire de 1986, même si elles se limitaient à quelques modifications des lois en
vigueur (solution à écarter car il est absolument nécessaire de supprimer ces lois).
Les deux assemblées et le gouvernement se trouveront devant de nombreuses décisions
graves à adopter durgence, et la législation de lenseignement, par sa
complexité même, exige un examen approfondi dans les commissions spécialisées de
lAssemblée et du Sénat : il est impossible de faire léconomie de cette
procédure. Toute hâte risquerait de se payer par une imprécision dont les
inconvénients réapparaîtraient pendant de nombreuses années.
Comme nous voulons que les choix des parents soient
respectés dès cette année la seule solution pratique consiste en labrogation pure
et simple des lois (et décisions dapplication) adoptées depuis 1981, et
naturellement aussi dans le vote de crédits pour lenseignement libre par un
"collectif" budgétaire.
Cette volonté dabrogation nest inspirée
par aucune préoccupation de "revanche" politique : elle est seulement
"simple et pratique". Tous les intéressés sont habitués à vivre sous les
lois DEBRE et GUERMEUR pour lenseignement libre. Dans lenseignement public, la
loi Savary de 1984 sur lenseignement supérieur savère quasi inapplicable et
nest dailleurs pas appliquée. La prétendue décentralisation des
enseignements primaire et secondaire soulève des problèmes inextricables, pour les
communes, pour les départements chargés des collèges et les régions chargées des
lycées : elle est donc à revoir.
En conséquence, nous demandons avec force, et nous
insistons pour que vous réclamiez aussi labrogation de :
Peut-être, ensuite, le Parlement sera-t-il en mesure
de voter dans de brefs délais une loi de liberté de lenseignement supérieur
public et privé : des projets inspirés dune volonté de liberté sont prêts.
Quant aux enseignements primaire et secondaire, nous
savons que le retour aux lois et règlements en vigueur en 1981 et une réforme de la
Constitution destinée à conforter la liberté de lenseignement, marqueront
seulement une étape certes nécessaire mais non suffisante.
Nous avons mis à létude les conditions
dune simplification et dune libéralisation des régimes trop complexes de
financement de lenseignement.
Pour résoudre ces problèmes, de nombreux parents, des
hommes politiques et diverses personnalités préconisent le "bon scolaire" ou
universitaire, ou "allocation scolaire" suivant lexpression de Guy MOLLET.
Beaucoup de nos lecteurs souhaitent sans doute aussi ladoption de ce système
équitable.
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* *
Mais une réforme aussi profonde soulève de nombreuses
questions pratiques, en particulier pour le transfert des crédits de rémunération des
enseignants qui bénéficient du statut de la fonction publique. Ce sujet nest donc
pas dune actualité immédiate. Et dautres solutions de libéralisation
existent qui permettraient dassouplir le fonctionnement des établissements
denseignement et dassurer un libre choix pour les enseignés et pour les
enseignants. En attendant, et dès aujourdhui, nous vous demandons de participer à
notre action de première urgence pour obtenir de vos futurs élus quils confirment
les réponses affirmatives recueillies par nous auprès des dirigeants de leurs partis au
deux questions suivantes.
Questions
aux candidats aux élections législatives et régionales
du 16 mars 1986
Première question
Etes-vous prêts à promouvoir une réforme
constitutionnelle qui :
Seconde question
Etes-vous prêts à abroger immédiatement :
UN BON
EXEMPLE : LA CONSTITUTION HOLLANDAISE.
Larticle 23 de la Constitution des Pays-Bas
assure depuis de très longues années une véritable paix scolaire dans ce pays : elle
pose des principes dont il pourrait être fort utile de sinspirer en France.
"Lenseignement
peut être dispensé librement, sous réserve de la surveillance des pouvoirs publics et,
en ce qui concerne les formes denseignement spécifiés par la loi, de lexamen
de la compétence et de la moralité des enseignants, le tout à régler par la loi."
Ainsi, les pouvoirs publics
nexercent aucun monopole, mais la loi définit quels enseignements doivent être
assurés par tous les établissements, ce qui permet de préserver une cohérence dans
linstruction donnée à lensemble de la jeunesse.
"Lenseignement
public est réglé par la loi dans le respect de la religion ou des convictions de
chacun".
"Dans chaque commune,
un enseignement public primaire de formation générale satisfaisant est assuré par les
pouvoirs publics dans un nombre suffisant décoles. Une dérogation à cette
disposition peut être autorisée..."
"Lenseignement
privé primaire de formation générale répondant aux conditions fixées par la loi, est
financé par le Trésor public sur la même base que lenseignement public. La loi
établit les conditions auxquelles des contributions sont fournies à lenseignement
privé secondaire de formation générale et à lenseignement privé supérieur
préparatoire".
En fait, la loi a défini des conditions de financement
rigoureusement égales en faveur des établissements denseignement secondaire et
supérieur, quils soient publics ou privés. Lenseignement nest sans
doute pas parfait aux Pays-Bas. Mais les fondements constitutionnels dune vraie
liberté et dune paix scolaire y existent.
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