Lettre N° 8 - 2ème
trimestre 1985
RIEN
NEST JOUÉ...
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE du 11 JUIN 1985
Le nombre des
participants à notre colloque du 11 juin, les échos quil a eus dans la presse
écrite et parlée ont contribué au nécessaire éveil de lopinion, car la liberté
de lenseignement et la liberté dans lenseignement sont toujours menacées.
RIEN NEST
JOUÉ... ainsi que le dit Monsieur PEYREFITTE, dont nous publions lallocution
prononcée à louverture du colloque.
Mais ce colloque a
aussi permis de réfléchir aux solutions qui pourraient être mises en uvre. La
qualité des interventions de M. W.W. HALSEY II pour les Etats-Unis, du Docteur PAUL pour
la République Fédérale dAllemagne, de MR. L.A. STRUIK pour les Pays-Bas et du
Sénateur SERAMY pour la France, justifie pleinement la publication que nous en préparons
pour la rentrée.
En prologue au
colloque sest tenue lAssemblée Générale dENSEIGNEMENT et LIBERTÉ qui
a permis de faire le bilan de ses dix-huit premiers mois dexistence. Nous publions
le rapport moral qui y a été présenté par Monsieur BOUDOT et approuvé à
lunanimité des participants.
Mesdames.
Messieurs,
Lan dernier,
pendant cinq mois, de la fin de janvier à la fin de juin, du défilé de Bordeaux à la
fête parisienne de la liberté, près de 4 millions de marcheurs ont exprimé leur
volonté collective, avec la sérénité des justes.
Dans notre pays, qui a
pourtant connu tant de bruits et de fureurs, jamais une marée humaine navait
atteint une pareille hauteur, jamais ne sétait produit un pareil phénomène de
civilisation. Depuis la foule en liesse venue fêter la libération de Paris le 26 août
1944 sur les Champs-Elysées, seuls trois autres rassemblements ont eu une ampleur
comparable :
A chacune de ces trois
manifestations on peut dire que le destin a vacillé. Celle de 1968 a sifflé la fin
dune récréation qui navait que trop duré. La deuxième, celle de
Versailles, a fait taire un moment les extrémistes de la laïcité et a failli permettre
aux négociateurs de trouver le chas de laiguille par lequel on pourrait faire
passer le compromis. Mais ces extrémistes ayant réussi, au dernier moment, à durcir le
texte au mépris de la parole donnée par le gouvernement aux évêques ; le troisième
rassemblement, celui de la Bastille, a fait voler en éclats, dabord le projet de
loi liberticide et ensuite le gouvernement lui-même qui lavait préparé.
A ceux qui ont
participé à ces journées, on aurait envie, si on ne craignait pas lemphase,
dappliquer le mot de Goethe à Valmy - que Napoléon devait reprendre, treize ans
après, à Austerlitz - "Vous pourrez dire : jy étais".
Par leur détermination
calme, ils ont - nous avons, puisque jimagine que nous y étions tous - détourné
le fleuve de lhistoire.
A Versailles, Mgr
Lustiger avait demandé : "Qui êtes-vous ?". Le pouvoir simaginait
peut-être que lécole libre nintéressait que quelques curés attardés,
quelques politiciens réactionnaires, quelques privilégiés, désireux délever
leurs enfants dans du coton. Or, il suffisait de suivre ces manifestations -
particulièrement celle de la Bastille - pour constater que toutes les catégories
sociales sy côtoyaient, et que les plus modestes étaient les plus nombreux.
Les manifestants
récapitulaient tous les points cardinaux, toutes les provinces, tous les âges, toutes
les professions, toutes les couches de la population. Ils illustraient vraiment le mot de
Bernanos "il ny a pas de peuple de gauche et de peuple de droite ; il
ny a quun peuple de France"... Cétait bien le "peuple de
France" : il avançait en masses souriantes comme pour une communion solennelle.
Que voulaient ces
millions de Français ?
Sur nos 10.000 écoles
libres, plus de 9.000 sont catholiques. Assistons-nous donc à une recrudescence des
luttes de la fin du XIXe siècle entre cléricaux et anticléricaux ? Non.
Pourquoi les rues auraient-elles été pleines de militants catholiques, alors que les
fidèles sont si rares dans les églises ? Cest que le conflit noppose
absolument pas les catholiques aux non-catholiques, ni même les parents des élèves de
lenseignement privé aux parents des élèves de lenseignement public. Il
oppose les militants dune laïcité devenue un engagement partisan en faveur
dun monopole sur lequel ils ont mis la main, à tous ceux qui sont inquiets de voir
lenseignement public se dégrader et qui constatent que lenseignement libre
est, comparativement, épargné.
Beaucoup de ceux-là
même qui ont confié leurs enfants à un établissement public tiennent à pouvoir,
sil le fallait, retirer leurs enfants de lenseignement public pour les mettre
dans un établissement privé. Tous revendiquent le droit pour les familles de décider
elles-mêmes de léducation quelles donneront à leurs enfants.
Au fond, ce quils
réclament, cest moins lenseignement libre, que la liberté du choix de
lenseignement. Ils refusent de se voir condamnés à létablissement unique
qui pourrait céder à la tentation de lendoctrinement. Ce qui ne veut pas dire que
tous y cèdent ni même que beaucoup y cèdent. Mais cest un risque contre lequel
chacun veut pouvoir se prémunir. Ils repoussent donc un système irresponsable et
aveugle, où les maîtres sont nommés par ordinateur, où les élèves sont affectés par
quartier, selon ladresse de leurs parents. Ils rejettent lomnipotence de
syndicats qui ne sont que les courroies dentraînement de partis marxistes.
La gauche, en voulant
accroître encore son emprise sur léducation, déjà si lourde par le fait de ces
syndicats, touchait ainsi, sans lavoir prévu, au point le plus sensible.
Un de ses membres
sest écrié à la tribune de lAssemblée Nationale : "la liberté à
sauvegarder ce nest pas celle des parents, mais des enfants. En démocratie
cest à lÉtat dy veiller"... La majorité de lAssemblée
Nationale a vivement applaudi ; le gouvernement na pas émis la moindre réserve à
légard de cette thèse. Or, le pays profond nest pas de cet avis ; il estime
que lenfant nappartient pas à lÉtat et que les responsables de son
éducation sont dabord, non pas des fonctionnaires, mais ses parents.
Une pancarte à
Montparnasse le 24 juin mavait frappé. Elle traduisait naïvement cette conviction
: "touchez pas à nos enfants"... Cela ne vous rappelle rien ?
Après tous, nos enfants
valent bien nos "potes".
Par des moyens
démocratiques, - les seuls qui soient dignes dun peuple adulte -, les Français ont
remporté lan dernier une grande victoire. Ils ont condamné lexécutif, à
son plus haut niveau, à se déjuger. Le Président a fini par comprendre quil ne
suffit pas que des réformes soient légales. Encore faut-il quelles soient
légitimes, cest-à-dire quelles répondent à la volonté profonde de la
nation. Surtout quand elles touchent à des droits fondamentaux. Surtout quand elles
mettent en cause les consciences.
Donc, lidéologie
a brusquement reculé devant la manifestation claironnante du sentiment profond des
Français. Tous les sondages concordaient depuis des années - et continuent de le faire.
Ils offrent, dune année à lautre, une remarquable constance : deux Français
sur trois, ou trois Français sur quatre veulent le maintien de lécole libre.
Plaise au ciel que sur tous les problèmes nationaux règne un pareil consensus!
Mais jamais, sur aucun
front, la liberté nest assurée dune victoire définitive. Rien ne nous dit
que la reculade du gouvernement est autre chose quune trêve tactique. Tout nous
confirme au contraire que nous navons rien perdu pour attendre.
Mon ami Seramy, qui
connaît ces questions parfaitement, vous le dira tout à lheure plus savamment que
je ne pourrais le faire. Moins de six mois après le retrait du projet Savary, Jean-Pierre
Chevènement déposait devant lAssemblée un nouveau texte ; les communes recevaient
un pouvoir discrétionnaire sur lautorisation des établissements privés, et
ladministration recevait un droit dentrave sur le libre recrutement des
maîtres. De plus en prévoyant que lenseignement serait dispensé selon les
règles de lenseignement public, le texte pouvait conduire, par une application
très littérale, à remettre en cause ce qui est fondamental, cest-à-dire le "caractère
propre" des écoles privées, pourtant reconnu par ailleurs.
Il a fallu quen
janvier dernier, le Conseil Constitutionnel annulât, au nom de lunité de la
nation, le droit de veto des communes sur de nouveaux contrats dassociation, pour
que la menace la plus grave fût écartée. Alors, il faut se poser !a question : est-ce
que le pouvoir nen finira jamais avec ses tentatives dempiétement ?
Pense-t-il, oui ou non, à réitérer une attaque en règle ? On a mis un couvercle sur la
marmite, mais le bouillon continue de mijoter ; de temps en temps la vapeur
séchappe...
Vous vous souvenez du
meeting du Bourget, par exemple, où les militants de la laïcité, qui avaient été
exaspérés par lappui populaire quavait reçu lécole libre menacée,
avaient conspué le Premier ministre Mauroy et le ministre de lÉducation Nationale
Savary, jugés trop mous et trop temporisateurs. On a vu la suite...
Le désir
dintégration dans le "Service public laïc et unifié" est resté intact,
même si les moyens sont devenus plus habiles et plus sournois. Ne nous faisons pas
dillusions ! Dès la prochaine rentrée, par le biais de restrictions à
lindépendance pour la nomination des maîtres, la situation faite aux écoles
libres risque de saggraver.
Or, le plus grave,
cest que nous navons plus la capacité de soulever lindignation
populaire. On peut se battre contre une loi spectaculaire. On peut faire appel au peuple
pour un texte de cette dimension. Mais comment voulez-vous soulever lopinion sur une
circulaire dapplication, sur linterprétation restrictive donnée à un texte
? Il faut donc rester vigilant si lon veut que la liberté, que nous avons
reconquise lan dernier et qui nous a été reconnue, reste une liberté effective.
Chacun, dans le grand
public, a compris que le slogan largent public à lécole publique ;
largent privé à lécole privée signifiait tout simplement
lasphyxie de lécole privée. Les marxistes connaissent bien lopposition
entre "liberté réelle" et "liberté formelle"...
Peut-on reconnaître la
liberté de lenseignement comme une liberté constitutionnelle, mais la vider de son
contenu en décidant que cette liberté, seuls les riches pourraient en profiter ? Cette
liberté qui serait réservée aux riches serait un leurre, sans lintervention
financière de lÉtat.
Dans le monde
industrialisé dOccident - les témoins venus de létranger, que vous avez
auprès de vous, vous le diront tout à lheure avec plus de précision - la France
serait bien la seule nation à imposer un monopole dÉtat à
lenseignement, comme elle est déjà la seule, dailleurs, à avoir imposé un
monopole dÉtat au crédit et à la majorité des entreprises de la grande industrie.
Chez nos 9 partenaires européens, cette querelle de la laïcité fait leffet
dun anachronisme absurde. Interrogez des députés européens au Parlement de
Strasbourg ; ils vous diront tous quil ny a pas un de leurs pays, où
lÉtat ait créé, ou même ait tenté de créer, un "Service public laïc et
unifié de lÉducation Nationale." Chez certains, comme la Belgique ou les
Pays-Bas, les écoles libres financées par lÉtat rassemblent plus délèves
que les écoles publiques.
LItalie ?
Cest un cas un peu différent. Elle nous administre une sorte de preuve a contrario
- la baisse de qualité dans lenseignement public pousse des élèves de plus en
plus nombreux vers le secteur privé, qui nest pas encore subventionné, et la
qualité devient une sorte de privilège, de luxe. Quelle réforme croyez-vous quon
envisage ? La nationalisation totale ? Point du tout. Mais le libre accès des enfants
dans lécole de leur choix.
Telle est en effet la
voie de lavenir : la liberté de choix entre lécole publique et lécole
privée doit être absolument garantie, pour que chacun puisse faire élever ses enfants
dans des écoles où ne sera pas foulé aux pieds ce que leur famille leur a appris à
respecter, à aimer, à croire.
Mais il faudra aller
sans doute beaucoup plus loin : nous sommes le seul pays au monde (en dehors des pays dits
"socialistes", naturellement) où tout lenseignement est centralisé et
géré - théoriquement - par le Ministre, mais, en fait, par un syndicat bénéficiant
dun monopole : la Fédération de lÉducation Nationale. Ce monopole a été
quelque peu contrarié lors des dernières élections professionnelles par la percée de
Force Ouvrière, mais la Fédération de lÉducation Nationale reste largement
majoritaire, omniprésente et omnipotente.
Notre éducation est
devenue une sorte de machinerie monstrueuse, ingouvernable, ruineuse. Chaque élève, dans
un établissement public, coûte beaucoup plus cher à lÉtat quun élève dans
un établissement privé. Il faut dabord délivrer lécole publique de la
bureaucratie et de la syndicalocratie qui se renforcent mutuellement.
Si lécole libre,
avec moins de moyens, réussit mieux cest parce quelle est plus libre, tout
simplement, parce que chaque établissement peut définir ses buts, ses méthodes, tout en
restant en contact avec les familles et en étant responsable devant elles.
Ce quil faut, ce
nest pas étatiser lenseignement libre ; cest libérer
lenseignement dÉtat. Il faut que souffle un esprit nouveau.
"LInstruction
publique" de Jules Ferry a été remplacée par "lÉducation
Nationale" des syndicats politisés. Seules auraient pu leur faire contrepoids les
organisations de parents délèves.
Or, la Fédération de
lÉducation Nationale a pris en otage la principale association des parents, réduite
au rang de filiale peu encombrante. La toute-puissance des syndicats, leur corporatisme
étroit, leurs mots dordre - souvent marxisants - ne pourront être efficacement
combattus que par la création dune nouvelle légitimité, la dévolution aux
parents de la réalité du pouvoir éducatif.
Il nest pas
légitime quun Service Public sexerce hors du contrôle des citoyens ;
sil est vrai que le Service Public cest avant tout le service du public, les
citoyens devraient en être les bénéficiaires, et non les sujets.
Or, sous le couvert de
la laïcité, lÉtat socialiste entend les assujettir à un monopole. Libérer
lÉcole, en la rendant aux parents et aux enfants, est une priorité pour demain ; un
des pivots de ce "projet de responsabilité" pour la société française, qui
devra être adopté, aussitôt que possible, par les citoyens.
Lenseignement
nest pas dabord fait pour les enseignants mais pour les enseignés ; et
en regard de ce principe, finalement, comme il est vain, le débat entre lécole
publique et lécole privée... Est-ce que lécole de la République ne devrait
pas donner lexemple de la liberté ? Alors, que tous nos efforts soient tendus vers
un seul but : "Des écoles libres... pour un pays libre".
Alain PEYREFITTE
de lAcadémie Française.
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE du 11 JUIN 1985
RAPPORT MORAL de M. Maurice BOUDOT
Notre association a
été fondée, au milieu de lannée 1983, au moment même où lAssemblée
nationale examinait en première lecture le projet de loi SAVARY relatif aux enseignements
supérieurs. Ce projet allait être adopté malgré une courageuse bataille
damendements conduite par lopposition parlementaire, malgré la censure du
Conseil constitutionnel qui devait lamputer de quelques articles sans lui ôter son
venin, enfin malgré la vigoureuse opposition des professeurs et des étudiants libéraux,
réunis pour la première fois depuis 1968, en dépit du misérable slogan qui voulait que
toujours soppose lenseignant naturellement "exploiteur" à
lenseigné aussi naturellement "exploité". Souvenez-vous. Cétait
aux Invalides, il y a deux ans seulement, lorsquun gouvernement, surpris de
rencontrer des résistances, ne trouvait dautre réponse que dopposer les
C.R.S. aux professeurs et aux étudiants. Deux ans, et ce temps nous semble déjà
lointain. Le souvenir des 30.000 manifestants des Invalides est éclipsé par celui de la
foule, dont la réunion est sans précédent historique et qui permettait de compter près
de deux millions de participants à la triomphale journée du 24 juin 1984. Cest
pourtant, sous des formes diverses, du même combat quil sagit, et
lescarmouche initiale était comme lannonce de lengagement décisif.
Je ne me suis permis
cette brève évocation historique que pour en tirer deux leçons relatives à la
démarche de notre association.
Telles sont les deux
leçons que je vous avais annoncées. Venons-en maintenant à un examen plus précis de
notre action passée.
Faut-il rappeler que
nous ne sommes ni un syndicat denseignants, ni une association de parents
délèves. Nous ne sommes pas plus une fédération dorganisations de ce type,
comme lest en revanche le Comité national laïque, dont nous navons
pas lintention de constituer un jour en quelque sorte limage symétrique.
Cest dire quencore moins que lui, nous navons qualité pour participer
à une négociation officielle ou officieuse ! Personne ne nous y invite et nous
néprouvons de ce fait nul dépit. Nous ne sommes pas plus habilités à déposer
par exemple des recours devant les juridictions administratives lorsque certains
établissements privés sont victimes de décisions scandaleuses. Cest dire que
notre action est par nature limitée dans les formes quelle veut revêtir. Nous ne
représentons que nos adhérents mais à travers eux tout un secteur de lopinion
publique. Cela seulement, mais cest déjà beaucoup. Pour un mouvement
dopinion, tel que le nôtre, le simple fait dexister, et que son existence
soit connue - et croyez-moi, elle nest pas passée inaperçue - cest déjà
une forme daction. Le nombre des adhésions mesure la profondeur de
lengagement à défendre certaines idées.
Mais pour défendre ces
idées, encore faut-il les faire connaître. Cest pourquoi, pour lessentiel,
notre action a consisté à diffuser nos idées. Dressons un bref bilan en ce domaine.
Il y a notre lettre
dinformation mais aussi notre manifeste qui a été diffusé à plus de 850.000
exemplaires. Chiffre considérable, si lon songe quil a dû ainsi atteindre
plus de 5 % des foyers français. Certains de nos adhérents recevant une nouvelle fois ce
manifeste nous ont fait amicalement remarquer que notre gestion nétait pas
rigoureuse. En fait, lélimination des envois doubles est plus coûteuse que
lenvoi lui-même dont le destinataire fait bien souvent bénéficier un ami. Même
si lappel à adhérer nétait naturellement pas toujours suivi deffet,
la diffusion par elle-même faisait connaître nos idées. Nous avons ainsi contribué au
gigantesque effort de mobilisation de lan dernier. Toutes les fois où
loccasion leur en a été donnée, le Président et les Administrateurs ont publié
des articles dans la presse nationale : Le Figaro, à plusieurs reprises et en des
moments décisifs, Le Figaro Magazine, La Lettre de la Presse, Famille Chrétienne,
ont notamment bien voulu les accueillir. Quils en soient remerciés, comme doit
lêtre Radio solidarité où nous avons à plusieurs reprises pris la parole.
Est-il bien nécessaire dajouter quen revanche je nai eu à décliner
aucune invitation de la télévision ou de radios officielles ? Nous avons publié 18
communiqués de presse envoyés à plus de 200 destinataires. Il na pas dépendu de
nous quils ne recueillent pas plus décho. Enfin, nous avons participé aux
manifestations de Versailles et de Paris. Chaque fois nous avions obtenu, bien tardivement
à vrai dire, lautorisation de défiler sous notre propre bannière. Je crois que
nous étions la seule organisation à laquelle cette autorisation ait été accordée.
Cest dire que
notre action est loin dêtre négligeable. Je crois quelle fut efficace. Même
sil est impossible de mesurer avec précision le rôle que nous avons pu jouer dans
la mobilisation qui devait aboutir à la journée du 24 juin et sans nous donner le
ridicule de nous en attribuer la gloire, nous pouvons dire que nous avons contribué,
selon nos moyens, au succès de cette journée.
Nous avons toujours eu
souci dentretenir les meilleures relations avec les associations régionales ou
nationales dont les objectifs sont les mêmes que les nôtres. Nous avons multiplié les
contacts avec leurs responsables pour quil ny ait aucune concurrence entre
nous, mais convergence de nos activités.
Nous avons aussi résolu
de façon satisfaisante le problème de nos rapports avec les syndicats denseignants
et avec les associations de parents délèves. Il ne pouvait aucunement sagir
de leur faire concurrence. Nous devions simplement les soutenir dans leurs actions,
lorsque leurs objectifs étaient les nôtres. Les soutenir, même si nous
napprouvions pas, au jour le jour, chacune des décisions prises, ou plus encore
labsence de décision. Les soutenir sans nous substituer à ces organisations qui
ont leur rôle propre, distinct du nôtre sans nous substituer à elles à moins
quelles soient incontestablement défaillantes. Pourquoi cacher aujourdhui que
nous avons été inquiets lorsque nous avons vu lU.N.A.P.E.L. dalors différer
trop longtemps la manifestation nationale dont la nécessité était patente et hésiter
longtemps avant de franchir le pas ? Nous lavons dit et notre voix, qui se joignait
à beaucoup dautres, fut entendue. Nous avons fait cela, et fort heureusement, nous
neûmes rien dautre à faire.
Cette politique de calme
résolution ne nous a pas empêché de conserver lindépendance de nos jugements que
nous navons jamais hésité à exprimer publiquement. Elle fut toujours la nôtre
par le passé. Elle restera la nôtre dans lavenir.
·
Tel est le bilan de laction passée dont nous navons pas à rougir.
Tournons-nous vers lavenir. Chacun sait que la situation actuelle est incertaine,
ambiguë, mouvante, insaisissable, et de ce fait même extrêmement dangereuse. Certes,
vraisemblablement, il ny aura pas de décision majeure avant la prochaine échéance
législative. Mais le risque réside précisément en ce quon essaie de faire croire
aux Français que, pour lessentiel, les problèmes les plus graves sont résolus.
Pour ce qui concerne
lenseignement privé, la décision la plus grave, celle qui était irréversible, la
fonctionnarisation des maîtres, est pour linstant évitée. Mais subsiste le
problème des conditions de leur nomination et, par la voie des décrets on essaie
aujourdhui de reprendre dune main ce que lon a dû concéder de
lautre sous la pression populaire. De plus, le principe du budget limitatif ayant
été très imprudemment accepté par lenseignement catholique, chacun sait que les
établissements privés sont financièrement étranglés, que leur essor est entravé, et
que les parents se trouvent en fait dépossédés de la liberté de choisir lécole
de leurs enfants faute de places dans le privé. Nous regrettons vivement que les
représentants officiels de lenseignement privé ne fassent pas connaître avec
force les difficultés quils rencontrent dans les prétendues négociations au sujet
des décrets. Pour notre part, nous les porterons à la connaissance de nos adhérents et
nous ferons en sorte que lopinion soutienne toutes les actions qui seront
entreprises pour que, conformément à la loi et aux importantes décisions du Conseil
constitutionnel, la liberté de lenseignement soit effective en France. Nous
lavons fait lors du refus par le Ministre dune convention pour les classes
préparatoires de Stanislas. Aussi, est-ce avec un grand plaisir que nous vous annonçons
que le Tribunal administratif a jugé la semaine dernière que les conditions nécessaires
à la signature dune convention étaient bien remplies par Stanislas. Nous
interviendrons aussi, si nous pensons pouvoir le faire utilement, dans dautres
domaines. Cest ainsi que nous étudions actuellement les conditions dans lesquelles
le plan "Informatique pour tous" sapplique ou plutôt ne sapplique
pas à lécole libre.
En ce qui concerne
lenseignement public, la situation est encore plus ambiguë. Le mouvement
dopinion, qui sest développé lan dernier, a contraint M. Chevènement
à changer de discours. Mais le discours ne suffit pas, même sil est relativement
satisfaisant. Il est salutaire de dire que lécole a pour première mission de
diffuser linstruction. Encore faut-il quil en soit effectivement ainsi. Les
raisons sont nombreuses de craindre que les beaux discours naient quun seul
but : endormir la vigilance des Français, enfin éveillés à limportance des
problèmes du secteur éducatif. Nous demandons que ces discours soient suivis de
décisions effectivement appliquées. Nous demandons plus spécialement que soit abrogée
la carte scolaire, quau niveau des collèges et des lycées au moins, les parents
aient une certaines latitude de choix entre les établissements et que des voies
différenciées, adaptées aux capacités et aux goûts des élèves, soient instaurées.
Pour les universités, lapplication de la loi Savary se heurte à une forte
opposition des Universitaires, comme en témoigne un manifeste en voie de diffusion. Nous
demandons que cette application soit différée et que les Universités naient pas
à voter de nouveaux statuts, ce que beaucoup dentre elles se refusent à faire. De
même, doit être abrogé le scandaleux arrêté qui confie aux Recteurs le soin de
répartir les étudiants entre les universités. Il faut que chaque université ait pleine
latitude de recruter les étudiants selon les modalités quelle choisira. Si cette
faculté ne lui est pas accordée, elle naura ni liberté, ni responsabilité.
Cest sur ce point essentiellement que se pose le problème de lautonomie des
établissements denseignement supérieur public.
Sur tous ces problèmes
nous serons vigilants et nous éclairerons lopinion publique.
·
A lextrémité commune du passé et du futur est le présent. Le présent,
cest pour nous ce colloque qui témoignera de notre vitalité et qui nous permettra
destimer le chemin parcouru et celui qui reste à parcourir si lon veut un
enseignement qui soit libre et adapté aux besoins de notre société. Je tiens à
souligner que le succès de ce colloque est dû au travail de M. le Conseiller Jacomet et
de léquipe si efficace quil a su réunir autour de lui. Quils en soient
vivement remerciés.
Je veux aussi remercier
lensemble du Conseil dadministration qui a su si habilement conduire nos
activités et celui qui a mis en place un dispositif daction efficace, Philippe
Gorre. Les remercier de leur dévouement, de leur sincérité et avant tout, de leur si
cordiale amitié. Enseignement et liberté cest luvre de chacun
dentre nous, cest une uvre collective, cest la leur dabord.
Je dois enfin exprimer
notre gratitude envers les personnalités éminentes qui ont accepté de participer à
notre Comité dHonneur. Le prestige de leurs noms, lautorité morale que
conférait leur patronage, ont, sans aucun doute, constitué un élément déterminant
pour le développement de notre Association.
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