Lettre N° 5 - 3ème
trimestre 1984
JANUS OU
GRIBOUILLE ?...
REMARQUES À LATTENTION DES ADHÉRENTS ET
ABONNÉS
INFORMATIONS GENERALES
LA VIE DE LASSOCIATION
Le retrait de la loi
SAVARY, lengagement dune procédure (désormais avortée) de réforme de la
Constitution, la démission dAlain SAVARY, le changement de gouvernement, le départ
des ministres communistes, nous nimaginions pas que notre manifestation du 24 juin
déclencherait une telle suite de conséquences. La preuve est donc apportée que la
protestation populaire, lorsquelle atteint un certain niveau dintensité dans
son expression, peut faire reculer un gouvernement pourtant acharné à réaliser ses
desseins. Car cest bien dun recul quil sagit, et même dune
déroute dont on cherche en vain à masquer la véritable nature.
La manifestation
nationale, trop longtemps différée, imposée par la base à une direction craintive, a
emporté une victoire dans une bataille décisive. Il faut le dire et il faudra le
répéter, toutes les fois où il sera utile de le faire. Mais il serait dramatique de
céder à lillusion que le danger a disparu, doublier les responsabilités
dans cette affaire ou de se tromper sur les intentions de ceux qui nous gouvernent.
Pour apprécier la
situation actuelle, il nous faut revenir sur lenchaînement des événements qui se
sont déroulés depuis des mois. Ils ont déjà donné lieu à tant de commentaires
quon peut craindre de lasser en proposant une analyse supplémentaire. Elle est
toutefois nécessaire, dans la perspective qui est la nôtre, car avec le recul du temps
on peut éclairer quelques points laissés dans lombre.
·
Quest-ce qui a conduit le Président de la République à changer
radicalement dattitude, à décider le retrait du projet de Loi SAVARY ?
La chronologie fournit
quelques indices pour déterminer la réponse la plus plausible à cette question.
Du 24 juin au 12
juillet, date de la fameuse allocution présidentielle, il y a trois semaines. Pendant
cette période, nulle manifestation nouvelle, nul événement majeur si ce nest la
déclaration du Pape le 28 juin qui rappelle les positions fondamentales de lÉglise
sur le problème de lenseignement confessionnel - positions qui étaient
parfaitement connues - et le conflit avec le Sénat qui va en saggravant.
Que fait le Pouvoir?
Est-il décidé à tenir compte de la protestation populaire dont il a cherché très
maladroitement à minimiser lampleur par les décomptes fantastiques de Gaston
DEFERRE ? Aucunement ; il le dit très clairement et le manifeste par ses actes. M. MAUROY
nexprime pas sa seule opinion lorsque, le 3 juillet, il affirme quil ny
a pas lieu damender le projet SAVARY tenu pour "une loi de concorde et de
paix". Deux jours plus tard, le Chef de lÉtat affirmera quil a toujours
encouragé les choix de M. MAUROY et quil ne faut pas dissocier leurs
responsabilités. Sur le problème de lécole, il ny aurait, à len
croire, quun simple malentendu. M. MITTERRAND dénonce "la médiocre
politique" qui sest emparée du problème et condamne ceux qui, sous le nom de
liberté, défendent leurs "privilèges". Il en vient jusquà soutenir que
ce sont les lois DEBRE qui avaient "blessé dans leurs convictions des millions de
Français". Il ne renoncera donc sur aucun point ; "Il ne se laissera pas
intimider par les invectives et les obstructions".
Incontestablement, le
langage est celui de la radicalisation plus quil ne le fut à aucun moment. Non
seulement le langage, mais les actes, comme le prouve lattitude à légard du
Sénat.
Que demande le
Président de la Haute Assemblée ? Rien dautre, en premier lieu, quun délai
suffisant pour lexamen sérieux des textes qui lui sont soumis, au premier rang
desquels figure la loi SAVARY. On sait quel accueil il reçoit. On décide le 30 juin que
le Parlement est convoqué en session extraordinaire pendant tout lété et le
gouvernement affirme sa volonté de voir réglées dans les 3 mois toutes les questions en
cours dexamen. Jusquà la journée du 12 juillet, la querelle sur le
calendrier des travaux saigrit : après avoir puni le Sénat comme une classe
chahuteuse par une privation de récréation, on en vient au point où se profile la
menace du recours aux ordonnances !...
Quant à la proposition
sénatoriale de soumettre à référendum le projet SAVARY, non seulement on lui oppose
largument très douteux de son anticonstitutionnalité, mais on la présente comme
un "coup politique", "une manuvre de retardement qui renforcera
lantiparlementarisme et lextrémisme de droite" et ses auteurs sont
qualifiés de "démagogues qui mettent en péril un édifice toujours fragile : la
démocratie parlementaire". Je ne fais que citer des propos tenus à
lAssemblée Nationale le 6 juillet et dont on se demande comment ils nauraient
pas à sappliquer à M. MITTERRAND lorsquune semaine plus tard il proposera à
son tour un référendum !... Dailleurs, M. MITTERRAND lui-même tourne en
dérision linitiative sénatoriale et nhésite pas à dire : "si un
référendum était à faire, ce serait auprès des enseignants du privé." Admirons
la formule révélatrice des intentions de son auteur : largument de la prétendue
inconstitutionnalité est subalterne ; tout simplement, un référendum sur la question
scolaire est totalement inopportun.
Comment en une semaine
pourra-t-il changer totalement davis ? Faut-il supposer que M. MITTERRAND, retenu
par un scrupule excessif, que lui imposait une lecture très restrictive de larticle
11, navait pas songé plus tôt quon pouvait accéder à la demande
sénatoriale en modifiant la Constitution ? Ce serait lui faire injure de lui attribuer
une méconnaissance dune Constitution quil a charge de garder. Faut-il
supposer quau cours dune brève entrevue, M. GISCARD dESTAING a pu le
convaincre de prendre cette initiative pour restaurer lunité nationale ? Mais on
est étonné de voir lactuel Chef de lÉtat accorder tant de crédit aux
conseils de son prédécesseur. Faut-il supposer que, la retraite au bord du Jourdain
aidant, M. MITTERRAND a compris la portée dune protestation populaire dont il se
décide enfin à tenir compte ? Mais pourquoi avoir attendu si longtemps et donner
dabord limpression quon agissait en sens contraire ?
Aucune de ces
explications nest satisfaisante. Il nous faut donc chercher ailleurs. Probablement
les choses se sont-elles passées ainsi : M. MITTERRAND sait que la radicalisation est
coûteuse et risquée pour un Pouvoir très affaibli depuis les 17 et 24 juin ; mais il
sait quest également coûteuse et risquée, compte tenu de létat des forces
politiques, une démarche dapaisement qui ne prend un sens que dans un processus de
recentrage. Il a dabord choisi la radicalisation, mais un obstacle en apparence
mineur larrête. Cest lattitude du Sénat quon essaye vainement de
faire taire à coup de menaces.
Les problèmes de
calendrier deviennent alors tout à fait essentiels. Le Pouvoir comptait en finir avant la
rentrée ; il espérait quaprès la période estivale la question scolaire
appartiendrait au passé pour sa phase législative. Les risques de voir à lautomne
lagitation repartir de plus belle seraient ainsi minimisés. Calcul dérisoire,
illusion quon ne peut prêter à de fins politiques, dira-t-on. Mais ne vivent-ils
pas dillusions ceux qui ont cru quils obtiendraient du Sénat le vote désiré
sur la révision de larticle 11 ?
La radicalisation était
donc plus coûteuse que prévu, son succès de plus en plus incertain. Mieux valait
prendre lautre parti qui présentait quelques avantages, dabord celui de se
débarrasser de lencombrant M. MAUROY, dont étrangement le nom ne sera pas
prononcé dans lallocution du 12 juillet, alors que larticle 89 de la
Constitution précise que linitiative de sa révision revient au Président de la
République "sur proposition du Premier Ministre". (Savoir si le départ des
communistes était prévu ou voulu est une question sur laquelle je nai aucune
lumière).
Restait alors à monter
un dispositif ingénieux pour donner limpression quon cédait beaucoup, alors
quon reculait au minimum pour faire croire à un virage décisif du septennat ;
alors quon se contentait dembrouiller les problèmes, enfin pour déconcerter
lOpposition et contraindre provisoirement au silence les plus résolus défenseurs
de la laïcité. Ce fut fait, non sans talent, reconnaissons-le.
Mais si tel est le fond
des choses, et je ne vois pas quelle autre hypothèse avancer, il y a quelques leçons à
tirer. Dabord, la protestation populaire na pas été vaine. Le Pouvoir a dû
reculer et sil doit maintenant masquer ses intentions cest un signe de sa
faiblesse. Ensuite, le mouvement populaire a eu dautant plus defficacité
quil a trouvé un relais institutionnel. Sans le 24 juin, le Sénat naurait
pas eu la détermination qui est la sienne. Mais sans le Sénat, les effets de la
manifestation auraient été bien moindres. Cest dire que dans la défense des
libertés, on ne doit pas se priver du concours des institutions qui contribuent à les
sauvegarder, sous le futile prétexte déviter toute récupération politique.
Enfin et surtout, il
faut se souvenir que M. MITTERRAND jusquau 12 juillet sest radicalisé. Il
la fait aussi longtemps quil a cru pouvoir le faire sans trop grand risque
pour lavenir de son septennat. Il y avait non seulement intention manifeste, mais
bien plus quun commencement dexécution, une tentative que seules les
circonstances ont fait avorter. On ne lui attribuera donc aucun mérite dans sa brutale
conversion, inquiétante dailleurs en ce quelle manifeste
limprévisibilité de son comportement. Le repentir peut être tardif, encore
faut-il quil soit sincère. Très manifestement cette dernière condition nest
pas remplie.
·
Dailleurs, quelles décisions étaient portées à notre connaissance dans
létrange allocution du 12 juillet ?
Deux décisions
totalement distinctes : le retrait de la loi SAVARY de lordre du jour du Parlement
et lengagement dune procédure de révision par référendum de larticle
11 de la Constitution relatif à la procédure référendaire. Deux décisions entre
lesquelles une confusion délibérément entretenue a laissé croire quexistaient
des rapports autres que ceux qui les liaient vraiment, quon a présentées comme
complémentaires alors quelles se contredisaient.
Donnons acte à M.
MITTERRAND quil na jamais explicitement promis un référendum sur le
problème de lenseignement privé. Demblée il a dailleurs à peu près
annoncé le contraire. Au projet SAVARY qui nexistait plus - et qui ne pouvait donc
donner lieu à référendum - succéderait un autre projet de loi qui porterait "sur
des points qui relèvent à lévidence des procédures habituelles". Formule
dont je ne vois pas ce quelle signifie sinon lexclusion du référendum. Dans
lentretien du 14 juillet, il se refuse à promettre un référendum sur la question
scolaire. Si la révision constitutionnelle est adoptée cest lui qui décidera des
circonstances dans lesquelles lapplication de la procédure référendaire est
opportune. On napprendra rien de plus, si ce nest que cette procédure ne
sappliquera pas au problème de la peine de mort qui "nest pas compris
dans la définition constitutionnelle des libertés publiques" alors
quétrangement les socialistes ont coutume de présenter labolition de cette
peine comme lun de leurs acquis en matière dextension des libertés (de
celles des victimes, supposé-je) ! Certes, Laurent FABIUS affirmera un mois plus tard le
contraire, mais sa déclaration tardive est si manifestement destinée à fléchir le
Sénat, tellement conditionnelle (cest au seul cas où la question de lécole
"poserait pour les Français un grave problème de conscience" quelle
serait soumise à référendum) quil ny a pas lieu den tenir compte.
Nous sommes donc
éclairés : la révision constitutionnelle nétait pas destinée à résoudre le
problème de lécole. Tout simplement, la querelle scolaire avait fait sentir à M.
MITTERRAND lopportunité dun élargissement de la procédure référendaire.
Il était naturel quil présentât en même temps que la mesure dapaisement
(le retrait de la loi) son projet de révision constitutionnelle. Bien sûr, on a pu aussi
laisser entendre que le retrait de la loi SAVARY nétait définitif que sous
réserve dune acceptation de la loi de révision. Mais ce marchandage
sapparentait trop au chantage pour quon osât insister sur ce thème...
Si nous retenons cette
vision des choses - et il faut le faire en labsence dun engagement formel
dappliquer la procédure référendaire à la question scolaire -, dès le 12
juillet le problème constitutionnel est totalement dissocié de cette question. Demander
alors à ceux qui avaient pensé quun référendum pouvait préserver la liberté de
lenseignement de voter la révision pour ne pas se contredire est un argument de
mauvaise foi, puisque précisément ils nauraient pas le référendum quils
voulaient.
Dailleurs,
sil sagissait simplement dapaiser la querelle scolaire, des deux mesures
annoncées le 12 juillet, il y en avait une de trop. Le retrait de la loi SAVARY rendait
inutile la révision constitutionnelle. En revanche, la révision naurait été
efficace que si on avait appliqué la procédure référendaire à cette loi.
Jaurais aimé quon nous annonçât quelle nétait retirée de
lordre du jour du Parlement que pour être soumise au Peuple. Il est étrange que M.
MITTERRAND nait pas été curieux du résultat. Une démission au lendemain
dun référendum négatif aurait été dailleurs un digne départ pour M.
SAVARY. Il en est allé autrement, ce qui prouve que M. MITTERRAND redoutait un rejet
solennel et définitif par le Peuple des projets socialistes en matière
déducation.
Bref, avec ces deux
décisions distinctes, François MITTERRAND donnait limpression de céder deux fois.
En apparence, il nous submerge sous une avalanche de bienfaits. Que fait-il en réalité ?
Il reprend dune main ce quil nous donne de lautre. Contraint de reculer
sur la question scolaire, il fait de ce recul une occasion de voir réaffirmée sa
légitimité et ses pouvoirs considérablement renforcés. De là linvention de ce
référendum "à blanc", de caractère nettement plébiscitaire, dont lun
des avantages était non pas de rendre possible lautre référendum, voulu par les
Français et demandé par le Sénat, mais de permettre de léviter. Ainsi
sexplique le rejet des propositions, faites par lopposition, de soumettre la
révision constitutionnelle à lapprobation du Congrès.
Si lon examine son
contenu, le projet de révision constitutionnelle apporte au problème de la sauvegarde
des libertés publiques une solution extravagante. Soyons sérieux. Qui, dans un régime
comme le nôtre, dans une conjoncture du type de celle que nous connaissons, peut menacer
les libertés ? Nul autre quun gouvernement choisi par le Président de la
République et soutenu par la majorité de lAssemblée Nationale. A tort ou à
raison cest bien lui que les Français soupçonnent. Or, qui aurait le pouvoir de
recourir au référendum pour préserver les libertés ? Nul autre que le Président de la
République qui en a seul linitiative. Jusquà nouvel ordre un passé de
pyromane nhabilite pas à entrer dans le corps des sapeurs pompiers. Pour être
honnête, la loi de révision devait pour le moins prévoir une initiative conjointe, par
exemple un référendum décidé par le Président de la République à la demande du
Sénat ou avec son accord.
Rien de semblable
na été proposé parce que le but réel de la révision était seulement
daccroître les pouvoirs du Président de la République. Vraisemblablement,
M. MITTERRAND pensait à léventualité où il se trouverait en présence, en
1986 ou avant, dune Assemblée hostile. Il se préparait pour cette occurrence une
arme beaucoup plus redoutable que le pouvoir de dissoudre.
Le problème de la
révision constitutionnelle était donc posé en termes tels quil navait plus
aucun rapport avec la question scolaire. Il était devenu un problème déquilibre
des pouvoirs et, à mon sens, la solution négative qui lui a été apportée était la
seule acceptable. Il faut beaucoup daplomb pour continuer à dire, comme le fait M.
JOSPIN, que lopposition a refusé ce quelle avait demandé : un référendum
négale pas nimporte quel autre référendum.
Concluons vite, puisque
la question "nest plus dactualité" comme le constatait
lorateur communiste à lAssemblée pour justifier que son groupe vote une
révision quil venait de condamner !
Le Pouvoir a utilisé la
question scolaire comme un simple prétexte pour tenter, à son occasion, une opération
politique qui devait assurer de meilleures conditions de survie au Président de la
République au cas où les prochaines législatives lui seraient défavorables. Je suppose
que, lorsquil dénonce la politisation du débat scolaire, M. DANIEL pense à
cela.
· Achevé
lépisode référendaire, où en sommes-nous !
Un seul point est acquis
: le retrait de la Loi SAVARY, encore quon nait aucune assurance quelle
ne renaîtra pas de ses cendres, un jour ou lautre, avec un nouveau parrain. M.
CHEVENEMENT a fait part de sa volonté daller vite pour régler les problèmes
urgents. Mais en matière déducation, lurgence est une notion toute relative.
Les universités ne vivent-elles pas depuis 8 mois sous le régime dune loi
incomplète dont le Conseil Constitutionnel a condamné les dispositions indispensables à
son application (à savoir, le mode de désignation des Conseils), sans quon semble
avoir hâte de remplacer ces textes ? Décidément, les lacunes juridiques ne font pas
peur à nos gouvernants et, en guise de constructions, M. SAVARY naura laissé
derrière lui que des édifices inachevés.
Néanmoins, on essaiera
vraisemblablement dadapter la Législation en vigueur aux transferts de compétences
quentraîne la loi de décentralisation, en utilisant la procédure réglementaire
qui permet dagir en catimini. Hier, on nous disait que cest
lincompatibilité des lois DEBRE-GUERMEUR avec la loi de décentralisation qui
rendait indispensable quon leur substitue une loi nouvelle ; aujourdhui M.
LAIGNEL nous apprend quon peut actualiser la législation en vigueur par de simples
décrets et M. CHEVENEMENT proteste quand on lui attribue lintention de
déposer une nouvelle loi ("je nai rien dit de tel", LE MONDE, 28 août).
Nous aimerions savoir où est la vérité.
Cette adaptation par
décret comportera des pièges. On nous répète sans cesse que lenseignement privé
doit renoncer à ses privilèges, "comme la possibilité accordée au seul privé de
créer des postes" (A. LAIGNEL, Le QUOTIDIEN de PARIS, 21 août 1984). Naturellement,
il sagit là dune description extravagante de la situation actuelle,
puisquil ny a création de postes que sil y a besoin scolaire reconnu.
Faute de venir à bout
de lenseignement privé, au moins peut-on espérer entraver son développement, lui
interdire de faire face à lafflux de demandes nouvelles quil a connu cette
année. La concurrence sera "planifiée", soyons-en assurés. Comptons sur
linventivité de nos socialistes pour multiplier les pièges, imprévisibles par
nature, puisque cest la condition de leur efficacité. Cest dire que ceux qui
ont en charge de suivre le problème devront redoubler de vigilance et que lopinion
publique ne doit pas se laisser endormir par les propos lénifiants.
Mais ira-t-on au fond de
la question, lui apportera-t-on une solution définitive ? Vraisemblablement non, et le
candide espoir quentretiennent certains défenseurs du privé sera déçu. Je suis
assez étonné de voir quon se réfère à la récente déclaration de M. LAIGNEL,
dont je viens de citer une formule, comme si son auteur y répudiait les principes qui
sont les siens. Certes, le ton patelin, dans le goût du jour, est nouveau ; mais sur le
fond M. LAIGNEL ne renie rien.
Il y aurait, selon lui,
deux logiques pour résoudre le problème. Celle de "lintégration", qui
consiste à absorber lenseignement privé dans un service public unifié, en lui
laissant une marge dautonomie plus ou moins restreinte (cest moi qui commente)
et celle de la séparation "schématisée par la formule "fonds privés pour
lécole privée"".
Lintégration
déplaît aux laïcs ; elle a été refusée par le privé, alors que la loi SAVARY la lui
proposait à des conditions avantageuses quacceptaient les laïcs "parce que
cétait un gouvernement de gauche qui le leur demandait" (à croire que les
laïcs au lieu de suivre leurs convictions obéissent à des considérations de basse
politique !). On est heureux dapprendre au passage que la loi SAVARY était une loi
dintégration, ce qui était nié, il y a trois mois. Toujours est-il quil
reste la seule logique de la séparation qui, dailleurs, a toujours eu les faveurs
de M. LAIGNEL, car elle est "très libérale" et "correspond aux souhaits
de beaucoup de gens". (Faut-il supposer quon est libéral du simple fait
quon ninterdit pas lenseignement privé ?). Tout ceci est parfaitement
cohérent. On attend la conclusion : supprimons sans délai toutes les aides publiques à
lenseignement privé. Naturellement, elle ne vient pas. M. LAIGNEL na quand
même pas envie de saborder son parti. Il accepte donc dattendre ; sur ce point sa
position sest effectivement modifiée. Toutefois, il est certain quon restera
dans linstabilité, puisque la rigueur des temps interdit de sinstaller dans
le système séparatiste : "la question de la définition des rapports entre le
public et le privé resurgira un jour ou lautre". Je ne serais pas étonné que
M. LAIGNEL pense au lendemain dune victoire aux prochaines législatives.
·
Nous sommes prévenus.
Loccasion
manquée, dont M. LAIGNEL est si navré de voir que le privé na pas su la saisir,
cest la loi SAVARY. Il ny en aura pas dautre, si ce nest les lois
"séparatistes" dont on rêve. Tout ce qui sera proposé, quel quen soit
lhabillage, relèvera de la disposition transitoire, même si on soutient
mensongèrement le contraire. Il est temps que certains milieux cessent de rêver. Il
ny aura pas de solution définitive et satisfaisante de la question scolaire aussi
longtemps que gouvernera le parti de M. LAIGNEL.
Il y a eu recul du
Pouvoir, non volonté réelle dapaisement.
Maurice BOUDOT, le 5
septembre 1984.
P.S. - On aura
compris que cet article était prêt pour limpression, lorsque M. CHEVENEMENT a
rendu publiques ses intentions.
Sa déclaration ne
comporte aucun élément imprévu et ne nous conduit sur aucun point à modifier notre
analyse. Vraisemblablement, on restera dans le provisoire, avec quelques aménagements
progressifs du statu quo dont il est à craindre quils soient tous
défavorables à lenseignement privé. Mais tout jugement définitif doit être
différé jusquau moment où les intentions du Ministre se traduiront en textes
précis.
Pour linstant,
nous éviterons soigneusement dentrer dans le jeu de la propagande qui veut nous
faire croire que la bonne volonté du gouvernement lui a permis de trouver très
rapidement une solution équitable des problèmes en suspens. Ces problèmes sont en
réalité, ou différés, ou éludés. On est beaucoup plus pressé de nous faire croire
quon les a déjà résolus que de les résoudre réellement.
Il faut beaucoup de
candeur pour se réjouir bruyamment de voir disparaître les mesures les plus
intégrationnistes de la loi SAVARY. Nétait-ce pas prévisible depuis le 12
juillet ? M. CHEVENEMENT avait-il un autre choix ?
Nous naccorderons
donc pas à cette déclaration plus dimportance quelle nen mérite.
Remarques à lattention des adhérents et abonnés
I - COMMUNIQUES DE
PRESSE DIFFUSES DEPUIS LA LETTRE N° 4
COMMUNIQUE N° 15 (du
20 juin 1984)
"Contre le monopole
de lécole, ENSEIGNEMENT et LIBERTE invite ses adhérents à participer à la
manifestation du 24 juin 1984.
Rassemblement à 13 h 00
rue de lArrivée, au coin de la Place du 18 juin 1940."
COMMUNIQUE N° 16 (du
13 juillet 1984)
"La volonté
populaire, clairement manifestée les 17 et 24 juin, et le Sénat, dont la résistance
était indomptable parce quelle donnait un cadre institutionnel à lexpression
de cette volonté, ont contraint le Pouvoir à une retraite dont lhabileté de sa
présentation ne saurait dissimuler le caractère humiliant.
ENSEIGNEMENT et
LIBERTÉ se réjouit de cette première victoire mais ne se laissera pas griser par ce succès :
On peut douter de sa
volonté en la matière puisque le Président de la République parle de "points qui
relèvent à lévidence des procédures habituelles". On peut donc redouter que
le référendum annoncé, sur la Constitution, nait pour but que den éviter
un autre, désiré par les Français, qui leur permettrait de se prononcer en toute
clarté sur lensemble des questions concernant lenseignement privé.
La plus grande vigilance
simposera dans la période nouvelle qui sest ouverte hier."
COMMUNIQUE N° 17 (du
31 août 1984)
"Les
"propositions" de Monsieur CHEVENEMENT relatives à lenseignement privé
constituent une simple déclaration dintention et on ne pourra entièrement les
juger que lorsquelles auront été complétées par des textes précis.
Elles napportent
pas les conditions dun apaisement définitif de la question scolaire mais
manifestent quaprès la déroute quil a subie, le Gouvernement éprouve le
besoin de conclure, à des termes favorables, une trêve quil pourra toujours
remettre en cause lorsque les circonstances lui seront moins funestes.
Toutes les modifications
quon projette dapporter au statu quo (crédits limitatifs, soumission à la
carte scolaire, mise en place de commissions de concertation, etc...) sont faites au
détriment de lenseignement privé. Elles reprennent ou évoquent en filigrane des
dispositions contenues dans la loi SAVARY. Dans un premier temps elles empêcheront le
développement de lenseignement privé ; dans un second temps elles viseront à
lenserrer dans un réseau de contraintes étatiques.
Faute de pouvoir
réaliser brutalement ses desseins, le Gouvernement adopte la stratégie du
grignotage."
II - LIBERTÉ
DE CHOIX
DES PARENTS
Nous combattons pour que
cette liberté existe dans lécole publique et dans lécole privée.
Létape législative, dans la direction du grand service public laïc unifié, ayant
échoué, il faut sattendre au déclenchement dune guérilla administrative
dans le même but.
Nous demandons à nos
lecteurs de nous adresser toutes les informations dont ils peuvent avoir connaissance sur
les atteintes portées au libre choix de lécole par les Parents en raison de
linsuffisante capacité daccueil ou de difficultés dinscription.
III - DERNIÈRE
NOUVELLE
Monsieur CHEVENEMENT,
nouveau Ministre de lÉducation Nationale, nous a annoncé des mesures "simples
et pratiques". Sans attendre lénoncé de ces mesures, il nous a paru
nécessaire de faire, au moyen de cette lettre, un bilan des événements antérieurs.
Bien entendu, si la situation le demande, nous la compléterons au cours du trimestre par
un numéro spécial.
ORGANISATION :
ACTIVITÉS :
ADHÉSIONS
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