Présenté par le groupe de travail
« apprentissage de la lecture »
sous la direction du Dr. Ghislaine WETTSTEIN-BADOUR
Avril 2001
Enseignement et Liberté, association indépendante de tout parti politique et de toute organisation confessionnelle, défend la liberté de lenseignement mais aussi la liberté dans lenseignement.
Sil est indispensable pour les parents de pouvoir choisir une école conforme aux valeurs morales ou religieuses quils souhaitent transmettre à leurs enfants, il ne lest pas moins de connaître la nature des pédagogies utilisées dans les établissements scolaires pour lacquisition des savoirs. Cela soulève de nombreux problèmes. Parmi eux figure la possibilité pour les écoles dappliquer des méthodes dapprentissage librement choisies entrant dans un projet pédagogique cohérent dont les résultats, objectivement évalués, puissent être communiqués aux familles.
Il existe un domaine particulièrement important où la nature des méthodes pratiquées a une incidence directe sur la qualité des résultats obtenus à court, moyen et long terme : celui de lapprentissage de la lecture. Or, il règne sur cette question cruciale pour lavenir des enfants une complète opacité et une totale désinformation. Enseignement et Liberté a donc décidé de faire le point sur ce sujet pour rompre le silence dune institution qui continue, malgré les échecs quelle génère, à imposer ses pratiques pédagogiques en toute impunité.
Cette synthèse a été élaborée à partir :
Notre groupe de travail était très largement ouvert à tous. Nous saluons le courage des enseignants, dont un professeur dIUFM, qui ont participé à nos travaux ou nous ont fait parvenir par écrit le fruit de leur expérience.
LILLETTRISME EN FRANCE
Le terme dillettrisme peut recouvrir des réalités diverses. Nous retiendrons ici la définition de lOCDE qui a été chargée dévaluer limportance de ce fléau dans le monde : « Un illettré est un adulte incapable de lire et de comprendre un texte dusage courant de vingt-cinq lignes et den faire un résumé de cinq lignes. »
La France a participé aux travaux de lOCDE en 1995. Mais juste avant la publication du rapport « Littératie, Économie et Société » le ministre de l’Éducation nationale de lépoque ordonna à la France de quitter la commission de travail. Les résultats de notre pays napparaissent donc pas dans cette étude. Daprès les informations qui ont filtré, le taux dillettrés y atteignait, semble-t-il 40%. A titre indicatif, signalons que les USA se situaient alors à 20%, lAllemagne à 14,4%, les Pays-Bas à 10,5% et la Suède à 7%.
L’Éducation nationale nous fournit elle-même une photographie alarmante de la
situation de ses élèves face à lécrit. Lorsque M.Jospin était ministre de
l’Éducation nationale, il écrivait dans le rapport annexé à la loi
dorientation de 1987 que « moins dun élève sur deux arrive au
collège avec une maîtrise suffisante de la lecture «. En 1997 lors du
Colloque « Langues et Langages « le directeur de l’Évaluation
et de
la Prospective du ministère de l’Éducation nationale annonçait lui-même que 62%
des élèves entrés en sixième en septembre 1997 ne savaient pas lire
: 12% dentre eux ne décryptaient que quelques mots et 50% étaient incapables de
comprendre le sens dun texte simple et court.
Plus récemment encore, la Direction des Programmes et du Développement rendait compte de lévaluation des élèves de CE2. Il faut rappeler quelles sont les compétences exigées par les textes officiels à ce niveau de la scolarité qui termine le cycle des apprentissages fondamentaux :
« savoir lire un texte narratif ou descriptif simple supposant des situations et des connaissances qui font partie des références familières ; donner des informations ponctuelles sur ce texte et le reformuler oralement ; lire à haute voix un texte préparé en articulant correctement et avec lintonation ; écrire un texte de quelques lignes répondant à des consignes claires en tenant compte des contraintes de syntaxe et de ponctuation, de présentation et de lisibilité ; écrire sous la dictée en respectant la correspondance phonie/graphie .»
Lévaluation faite sur ces critères donne les résultats suivants :
23,4% des élèves « ne maîtrisent pas les compétences de base », « ne reconnaissent pas des mots courants, ne déchiffrent pas les mots inconnus, ne comprennent pas un texte simple ».
51,2% « maîtrisent uniquement les compétences de base ».
13,6% « maîtrisent les compétences approfondies, retrouvent des informations simples contenues de manière non explicite dans un texte »
11,8% « comprennent un texte en mettant en relation les informations quil contient ».
Nous constatons ainsi que si un quart des élèves de CE2 lisent bien (13,6%+11,8%=25,4%) les trois quarts dentre eux (23,4%+51,2%=74,6%) ne lisent pas ou ne maîtrisent que « les compétences de base », déchiffrent plus ou moins bien et ne peuvent accéder au sens que pour les textes très simples. Nous sommes loin des 10 à 15% délèves en difficulté dont parlent les media.
En ce qui concerne lorthographe, avec lespoir de montrer les progrès de notre système éducatif, lEducation nationale qui avait retrouvé neuf mille copies délèves soumis au certificat détudes primaires en 1923, 1924 et 1925 a proposé le texte des dictées et questions jointes à 6000 élèves répartis dans toute la France. Tous ont reçu pendant trois mois une formation spéciale pour préparer ces épreuves. Les résultats sont éloquents :
24% des élèves des années 20 faisaient 0 faute à la dictée contre 5% aujourdhui.
2% des élèves des années 20 faisaient plus de 10 fautes. Ils sont maintenant 25 % dans cette situation.
Dans les questions de grammaire accompagnant les dictées 60 % des « aînés » ne commettaient aucune faute. Nous nen trouvons plus que 23% en lan 2000.
Ces chiffres sont instructifs. Cependant notre propos nest pas de savoir si les élèves de ce début de siècle sont meilleurs ou moins bons que ceux des précédentes décennies. Le problème qui se pose est le suivant : en 1999, la France, pays évolué qui consacre 7,4 % de son PIB (soit un des plus forts pourcentages) à lEducation nationale, compte plus de 50% délèves en échec total face à lécrit à la sortie de lenseignement primaire. Il sagit là dune réalité inacceptable dont il est urgent de comprendre les causes pour lui porter efficacement remède.
CAUSES DES DIFFICULTES DAPPRENTISSAGE DE LECRIT
IMPORTANCE DES CHOIX PEDAGOGIQUES SUR LA QUALITE DES
APPRENTISSAGES
A la lecture des différentes publications de lEducation nationale on prend conscience du fait que les difficultés dapprentissage de lécrit sont pratiquement toujours rattachées à des causes pathologiques. La dysphasie, affection pourtant rare, figure à côté de la dyslexie avec laquelle elle est le plus souvent assimilée. Mais si ces deux anomalies sont signalées comme causes possibles de léchec scolaire, cest essentiellement pour indiquer leur faible poids par rapport aux perturbations de nature psychoaffective et psychosociale qui restent, selon les maîtres à penser du système scolaire, les grandes responsables des difficultés rencontrées par les élèves. Cette médicalisation de léchec qui le transforme en pathologie a pour conséquence de retirer à lécole la responsabilité des insuffisances dacquisition des savoirs fondamentaux. Aucun texte névoque la possibilité dun quelconque lien entre la pédagogie et la qualité des apprentissages. Le très récent rapport Ringard illustre parfaitement cette nouvelle tendance particulièrement dangereuse puisquelle exclut toute possibilité de réflexion sur ce qui constitue pourtant le fond du problème. Sil est exact de dire que les difficultés dordre psychologique ou social majorent nombre déchecs, il nen reste pas moins vrai quun très grand nombre denfants sans handicaps de ce type ne réussissent pas à apprendre à lire. Il est également facile de montrer que des élèves vivant dans des conditions denvironnement très défavorables peuvent apprendre à lire rapidement lorsquon modifie la nature des pédagogies qui leur sont proposées.
Pourquoi existe-t-il un lien entre les méthodes dapprentissage et la qualité des résultats obtenus ? Nous trouvons la réponse à cette question dans le résultat des travaux des neurosciences de ces vingt dernières années et les découvertes récentes liées aux moyens dinvestigation du cerveau dont nous disposons aujourdhui (limagerie par résonance magnétique fonctionnelle ou IRM.f en particulier) qui permettent de comprendre comment un cerveau lit et apprend à lire. Cependant lorsque les parents interrogent les enseignants sur le choix des méthodes proposées à leurs enfants, ils reçoivent pratiquement toujours la même réponse : « Il ny a pas de bonnes ou de mauvaises méthodes, seule compte la manière dont elles sont employées. » Or il nen est rien. Il est désormais possible de démontrer que certaines pédagogies répondent aux exigences du fonctionnement cérébral alors que dautres les contrarient. De plus, les choix pédagogiques conditionnent la qualité des apprentissages du langage écrit (lecture, écriture, orthographe) et entraînent des modifications visibles sur lanatomie du cerveau et la construction des circuits cérébraux et retentissent ainsi sur la structuration de la pensée conceptuelle.
Sans vouloir entrer ici dans le détail des données complexes qui conduisent à cette affirmation nous en signalerons uniquement les points essentiels en laissant au lecteur intéressé par ce sujet le soin de consulter la bibliographie ci-jointe.
COMMENT LE CERVEAU LIT-IL ET APPREND T IL A LIRE ?
En 1981, R.W.Sperry obtint un prix Nobel passé pratiquement inaperçu en France qui ouvrit pourtant la voie aux neurosciences modernes. Il apporta, dans le domaine qui nous concerne, la preuve quil existe deux types de graphisme : celui qui représente lenvironnement (image, dessin, etc.) et celui qui traduit, sous forme écrite, des sons (parole ou écriture musicale). Sperry démontra également que les images sont traitées de manière analogique par lhémisphère droit tandis que lécriture des sons, prise en charge majoritairement par le cerveau gauche, est soumise, comme toutes les opérations effectuées par cet hémisphère, à une succession de mécanismes danalyse et de synthèse qui partent toujours du plus simple pour aboutir au plus complexe. Il est possible de démontrer que cette réalité neurologique sapplique également aux idéogrammes qui sont, eux aussi, contrairement à ce qui est trop souvent dit, traités de manière analytique par lhémisphère gauche.
Le premier élément à retenir de ces découvertes, combien lourdes de conséquences, est que le cerveau ne peut en aucun cas assimiler le mot à une image et quil est neurologiquement incapable de le retenir dans son ensemble.
Dans toutes les langues, lire cest réussir à faire correspondre des signes graphiques avec les sons du langage oral quils représentent, donner un sens à ces assemblages à partir des données mises en mémoire et les intégrer dans des ensembles sémantiques de plus en plus complexes (mots, groupes de mots, phrases et textes).
La lecture nécessite de très nombreuses opérations intellectuelles étroitement imbriquées les unes dans les autres que nous résumerons pour plus de clarté en trois étapes principales :
- la segmentation de la chaîne orale en unités sonores élémentaires aboutissant à lidentification des phonèmes ;
- la segmentation de la chaîne écrite en unités graphiques et leur mise en correspondance avec les phonèmes ;
- la découverte du sens de ces assemblages et la compréhension des ensembles de mots, de phrases, et de textes.
Quelques points méritent dêtre signalés plus particulièrement ici car ils ont une incidence directe sur la pédagogie.
1- La segmentation de la chaîne orale en unités sonores élémentaires, les phonèmes.
Il ne fait plus de doute aujourdhui pour les neurophysiologistes que la lecture implique dabord la capacité de différencier les uns des autres les phonèmes de la langue. La preuve a été apportée que le cerveau humain est dès la naissance capable didentifier les unités sonores correspondant aux voyelles du langage quil entend. Il acquiert ensuite peu à peu la connaissance des autres sons. Le découpage du discours oral en unités sonores élémentaires sopère dans lhémisphère gauche et nécessite la mise en uvre de mécanismes complexes danalyse et de synthèse.
Les observations faites en ce domaine montrent que la rapidité de découpage des sons en phonèmes est très variable dun enfant à lautre. Alors que chez les bons lecteurs, le cerveau peut différencier des sons espacés de 20 à 30 millisecondes, le dyslexique a besoin denviron 300 millisecondes pour atteindre ce résultat. Il faut aussi savoir que lorsquun enfant ne peut pas bien différencier les sons phonologiquement proches (ex : f/v, ch/s/ss/z) à lâge quatre ou cinq ans, il ny parviendra pas ensuite sans aide. On considère aujourdhui que la capacité de segmentation correcte des sons de la langue à cet âge représente pour chaque enfant une valeur prédictive quant à ses capacités ultérieures de lecture. Or, on estime que la moitié environ des enfants qui entrent en CP se trouvent en difficulté en ce domaine. On comprend ainsi que plus une pédagogie simplifie lidentification des sons et leur discrimination, plus elle a de chances de limiter les risques derreurs en lecture.
Mais comment lidentification des graphismes et le lien entre les graphismes et les sons sopèrent-ils ?
2- La segmentation de la chaîne écrite en unités graphiques.
La langue orale étant découpée en phonèmes, la langue écrite doit impérativement représenter lexpression graphique de ces phonèmes. Nous nous trouvons alors devant deux possibilités : les langues idéogrammiques et les langues alphabétiques. Dans les premières, les éléments graphiques constitutifs de lidéogramme ne correspondent pas en eux-mêmes aux phonèmes de la langue. Cest lensemble de lidéogramme qui porte la signification sonore du mot. Dans les langues alphabétiques, par contre, les mots sont constitués dunités graphiques qui correspondent chacune à des unités sonores. Ces assemblages sont, de plus, soumis aux règles de la syntaxe et de la grammaire. Nous limiterons notre propos à lapprentissage des langues alphabétiques qui nous concernent tout spécialement.
Pour relier un graphisme au son quil représente encore faut-il pouvoir identifier avec précision les formes dont ce graphisme est constitué et la manière dont celles-ci sont orientées dans lespace. La discrimination de la forme des signes graphiques sexécute elle aussi prioritairement dans lhémisphère gauche par une succession danalyses et de synthèses. Pour perfectionner sa compréhension de lorientation dans lespace lhémisphère gauche reçoit des informations issues de lhémisphère droit mais lIRM fonctionnelle montre clairement la prédominance massive de lhémisphère gauche dans cette tâche didentification graphique des signes de la langue écrite. Notre alphabet étant composé dun grand nombre de lettres symétriques les unes des autres (ex : b/d/p/q, n/u) il faut savoir repérer parfaitement lorientation de ces signes dans lespace pour pouvoir les différencier les uns des autres et les rattacher sans erreurs aux sons auxquels ils correspondent. Or, dans ce domaine également, beaucoup denfants entrent au CP en présentant des difficultés de reconnaissance des formes et des perturbations de la latéralisation. Comme pour la discrimination des sons, plus une pédagogie facilite la mémorisation des formes et de lorientation des signes graphiques dans lespace, plus elle limite les risques derreurs et de confusions entre les lettres.
Enfin, pour parvenir à assembler sons et graphismes le cerveau doit pouvoir garder en mémoire les éléments quil analyse un temps suffisant. Si la mise en correspondance de ces éléments demande un temps supérieur aux possibilités de maintien en mémoire du souvenir immédiat dans les neurones, lassociation ne pourra pas se réaliser correctement et ne sera pas utilisable pour les opérations de découverte du sens. Le but du travail dassemblage des éléments sonores et graphiques étant de permettre leur comparaison avec les souvenirs stockés en mémoire on mesure combien la réussite de cette première étape du traitement de linformation est fondamentale pour la compréhension de la lecture car les autres structures cérébrales vont se baser uniquement sur ces données pour aboutir à la découverte du sens.
Il est important de souligner ici que les circuits qui permettent lassociation du son et du graphisme aboutissent dans des aires qui conduisent de manière naturelle à oraliser la lecture. La lecture silencieuse nécessite lintervention de mécanismes inhibiteurs difficiles à mettre en uvre pour les apprentis lecteurs. Elle leur est pourtant très souvent imposée.
3- La compréhension du sens
Pour découvrir le sens des mots, phrases et textes, le cerveau opère par une multitude dessais successifs qui tentent détablir la correspondance entre des assemblages de plus en plus grands et des éléments dont la signification lui est connue. Ce travail, dune extrême complexité, nécessite lintervention daires spécialisées qui prennent en charge les diverses caractéristiques des mots, par exemple leur appartenance au vocabulaire concret ou abstrait, leur classement par champs lexicaux, etc. Il existe également des régions cérébrales spécialisées dans le traitement de la forme grammaticale des mots qui permettent de définir comment chacun deux doit être lu suivant sa fonction dans la phrase. Cest ainsi quil est possible, par exemple, de différencier un mot se terminant par « ent » composé du son « en » suivi dun « t » muet et le « ent » qui signifie la marque du pluriel des verbes conjugués.
Si la description, ici très succincte et forcément très incomplète, de ces mécanismes de la lecture nécessite obligatoirement de présenter chaque point lun après lautre, il faut avoir présent à lesprit que toutes ces opérations se réalisent de manière synchrone car linformation circule en même temps dans la multitude de circuits interconnectés qui constituent les réseaux cérébraux. Au moment où se réalisent les opérations de décodage qui conduisent à lier les graphismes et les sons, la recherche de la compréhension au plus haut niveau sopère également. Chaque neurone apporte ainsi aux autres le fruit de son travail et participe au traitement de linformation qui mène de la perception déléments isolés à la compréhension de lensemble du texte lu. On comprend ainsi aisément que toute erreur intervenant à un quelconque niveau du travail de traitement de linformation compromet gravement les chances de réussite en lecture, et bien évidemment, en écriture et orthographe. Comment peut-on espérer quun enfant qui ne parvient pas à découvrir et automatiser le lien de base qui unit sons et graphismes puisse ultérieurement intégrer dans sa production spontanée de lécrit les règles complexes dune grammaire qui nécessite, pour être appliquée correctement, une réflexion avec analyse constante de la structure du mot et de la reconnaissance de sa fonction dans la phrase ?
Ces données permettent de comprendre pourquoi la qualité de la pédagogie conditionne celle des apprentissages. Mais il faut également savoir que le moment et la manière dont lapprentissage est conduit ont une incidence directe sur le développement des aires cérébrales concernées et le volume des connexions qui les unissent. Nous en voulons pour preuve les observations faites en IRM.f sur le cerveau des violonistes virtuoses et des dyslexiques. On y constate que la surface des aires correspondant à la motricité de la main gauche chez les violonistes droitiers est proportionnelle à lentraînement suivi. Mais quel que soit le travail fourni, la surface atteinte nest jamais aussi grande chez les sujets qui ont abordé cet apprentissage après douze ans quelle ne lest chez ceux qui lont débuté beaucoup plus jeunes. De même, chez les dyslexiques, on constate des modifications morphologiques cérébrales importantes après rééducation. La dyslexie laisse des signatures anatomiques sur le cerveau ; la pédagogie, par son action sur les circuits cérébraux, les modifie. De plus, lorsque lon connaît le rôle joué par le langage oral et écrit dans le développement de la pensée conceptuelle, on comprend mieux encore limportance des choix pédagogiques en matière dapprentissage de la lecture, de lécriture et de lorthographe dans lévolution de lintelligence.
LES PÉDAGOGIES
Comme lentraînement sportif inscrit sa marque physiquement dans lorganisme, la pédagogie sculpte le cerveau et conditionne le développement de la pensée conceptuelle. Voici qui donne toute sa noblesse au métier denseignant mais lui confère aussi une responsabilité dont il doit être pleinement conscient. Pour pouvoir lassumer pleinement il lui faut prendre en compte les exigences du fonctionnement cérébral pour y répondre le plus efficacement possible afin de permettre à chaque enfant de disposer dun maximum de chances daccéder au savoir et de développer ses aptitudes. A la lumière des éléments scientifiques dont nous disposons, nous pouvons comparer les différents types de méthodes dapprentissage en fonction de ce quelles exigent du cerveau.
Les méthodes alphabétiques
Ces pédagogies issues de lobservation du caractère linéaire dans le temps et lespace de la parole et de lécrit sont nées avec lécriture alphabétique. Basées sur la mise en correspondance des unités sonores de la langue avec les signes graphiques qui les représentent, elles correspondent très exactement aux attentes du cerveau en matière dapprentissage de lécrit. Certes, elles ne font pas disparaître en totalité les difficultés mais lexpérience prouve quelles les réduisent considérablement surtout si elles utilisent des procédés pédagogiques qui favorisent la constitution des circuits cérébraux. Elles constituent alors à la fois un mode dapprentissage efficace et une véritable rééducation pour les enfants qui présentent des difficultés de discrimination des sons ou(et) des formes. On a souvent fait à ces méthodes le reproche dêtre source dennui pour lenfant et de ne pas faciliter lacquisition dune lecture fluide. Il sagit là dun procès dintention sans fondement. Lenfant nacquiert le goût de lire que sil est capable de comprendre ce quil lit. Plus une pédagogie facilite laccès au sens, plus elle a de chance dêtre attirante pour le lecteur. Dautre part, lier son et graphisme ne condamne pas à ânonner des syllabes dénuées de sens. Il est possible de proposer des méthodes alphabétiques qui, par le choix de lordre des apprentissages, donnent à lire à lenfant, dès les premières leçons, de petites phrases et très rapidement des textes tout en respectant une logique qui consiste à ne jamais introduire dans la lecture déléments inconnus en dehors de celui qui constitue la leçon du jour. Lorsque les procédés pédagogiques utilisés sont de bonne qualité la fluidité de la lecture apparaît avec lautomatisation des connaissances. Lusage de ces méthodes montre que les enfants, loin de se désintéresser des pédagogies basées sur ces principes, sont stimulés par leur réussite et acquièrent très vite le goût de lire que procure la compréhension du texte découvert. Lexpérience prouve que les méthodes basées sur lapprentissage du code de correspondance entre phonèmes et graphèmes permettent à un très grand nombre denfants dapprendre à lire et à presque tous ceux qui sont en échec daccéder à la maîtrise de la lecture. Plus une pédagogie alphabétique facilitera la création de circuits cérébraux de qualité, plus elle aura de chances de permettre dapprendre à lire et écrire à un plus grand nombre denfants.
Les méthodes globales et semi-globales
En utilisant des méthodes dapprentissage de type global les maîtres présentent demblée à lenfant des phrases et des textes. Ils croient que celui-ci va mémoriser les mots dans leur ensemble en les « photographiant » et pourra ensuite les reconnaître lorsquil les rencontrera à nouveau. Ils pensent pouvoir ainsi « faire léconomie du déchiffrage » et lui permettre dacquérir très vite « un capital de mots réutilisables » qui favorisera son intérêt rapide pour la lecture. Or, nous savons que les choses ne se passent pas ainsi. Le cerveau étant incapable de traiter le mot comme une image, ne peut le retenir dans son ensemble mais va immédiatement mettre en route des mécanismes danalyse et de synthèse ayant pour but de découvrir le lien qui unit les symboles graphiques et les sons en cherchant les analogies qui existent entre ce quil entend et ce quil voit. Il sagit là dun exercice de découverte dune grande complexité. Les enfants qui ne présentent aucune difficulté didentification des sons, des formes et de leur orientation dans lespace, réussiront à isoler peu à peu chaque graphème et à découvrir à quel son il est rattaché. Par contre, les 50% denfants qui sont en difficulté dans lun quelconque de ces domaines ou dans plusieurs à la fois, ce qui est fréquent à tous les niveaux dintelligence - commettront de multiples erreurs, par exemple des confusions portant sur les lettres phonologiquement proches ou sur celles qui sont symétriques les unes des autres. Ils tenteront alors de deviner ce quils ne pourront pas lire. Plus ils avanceront dans lapprentissage plus leur désarroi saccentuera faisant très souvent le lit dune véritable angoisse et dune souffrance qui se manifestera par de nombreux signes de rejet scolaire qui ne seront pas la cause de leur difficulté mais la conséquence directe de leur échec. Dès leur première année de primaire ces enfants se trouvent ainsi marginalisés. Quand, au prix de multiples efforts, ils parviendront cependant à lire, ils seront incapables de restituer lécrit en y intégrant les règles de lorthographe et de la grammaire. Enfin - et cest peut-être là la conséquence la plus redoutable de cette situation - labsence de mise en place de connexions cérébrales efficaces laissera dans leurs circuits cérébraux un manque de structuration qui constituera un handicap pour le développement de leur pensée conceptuelle. Nombreux sont les enseignants de collège, lycées ou même de lenseignement supérieur qui constatent lindigence de la pensée de leurs élèves et attribuent, à juste titre, une grande responsabilité en ce domaine aux pédagogies utilisées dans lenfance pour lapprentissage de lécrit.
Mais, nous dira-t-on, ce péril nexiste plus car les pédagogies globales ne sont plus utilisées ou sont remplacées par des semi-globales. Cette affirmation est une erreur grossière qui conduit à une totale désinformation. Il est essentiel de rétablir la vérité en ce domaine.
Toute pédagogie semi-globale commence par quelques semaines de lecture globale pour faire acquérir aux enfants, selon la formule consacrée, « un premier capital de mots suffisant pour leur permettre daborder rapidement des textes ». Cette phase terminée, on isole dans chaque leçon, parmi des mots très variés, une lettre ou un son. On pense ainsi faciliter la découverte du code alphabétique et associer les avantages de toutes les méthodes. Là encore les enfants sans problèmes triompheront de la difficulté et réussiront à découvrir seuls le lien unissant les sons et les graphismes. Par contre, pour les autres, le fait de leur proposer des mots et des phrases contenant des éléments graphiques quils ne parviennent pas à relier à leur équivalent sonore conduit, comme avec une méthode globale, à une succession de confusions et derreurs multiples. La rapidité de mise en route de la découverte du code est telle que quelques semaines de lecture globale sont suffisantes pour créer des confusions quil faudra ensuite des mois ou même des années pour faire disparaître. Cette situation est dautant plus grave que dans les classes maternelles on pratique désormais « limmersion des enfants dans un bain de lecture ». Ceci signifie que lenfant doit être entouré de textes dont la signification ne lui est pas donnée. Fait pour comprendre, son cerveau va tenter dès cette période les premiers décodages avec tous les risques que cela comporte. Il est utile de rappeler à ce propos que lenfant a bien évidemment été, avant son entrée à lécole, en contact avec lécrit. Il peut donc être déjà victime de confusions. Le rôle de lécole doit être de corriger le plus rapidement possible ces anomalies et non de les accentuer comme le font les pédagogies actuellement utilisées.
Contrairement à ce que lon affirme régulièrement les pédagogies de type global et semi-global sont employées dans la quasi-totalité des écoles françaises dépendant du ministère de l’Éducation nationale. Une étude demandée par M. Bayrou, ministre de l’Éducation nationale, portant sur les livres utilisés au CP a montré que tous les ouvrages utilisés dans les écoles publiques ou privées sous contrat dassociation étaient dinspiration globale ou semi-globale. Les méthodes dites « naturelles », souvent présentées sous forme de feuillets préparés par le maître, ne font pas exception à cette règle. Lenquête réalisée par Enseignement et Liberté sur ce sujet a clairement mis en évidence le fait que toutes les familles de lenseignement public et privé sous contrat qui ont répondu à nos questions sont confrontées à ce problème, les écoles hors contrat étant pratiquement les seules à utiliser dautres pédagogies.
Enfin, il faut savoir que la dernière « avancée pédagogique » propose on devrait plutôt dire impose - aux maîtres de CP lemploi de la méthode dapprentissage de la lecture « par hypothèses ». Il sagit là du stade ultime de la méthode globale : dès le début de lapprentissage, lenfant est mis en contact avec des textes sur lesquels il doit faire « des hypothèses de sens ». Le but nest pas de conduire à la lecture mais de faire en sorte que lenfant « devine » ce que lauteur a voulu exprimer. Il nest pas nécessaire que lhypothèse soit exacte pour être retenue. Il suffit quelle ait un sens pour le « lecteur ». Cette pédagogie dont le simple bon sens suffit à montrer le caractère dévastateur est de plus en plus appliquée et commence désormais à être utilisée dès les classes maternelles. Cette initiative désastreuse va - on peut malheureusement laffirmer sans risques de se tromper encore augmenter le pourcentage denfants en échec dans les années à venir. Les lecteurs incrédules on comprend quils le soient ! - trouveront dans les annexes de ce rapport des textes qui résument la pensée de ceux qui oeuvrent depuis plus de trente ans pour imposer, à tous les niveaux de la hiérarchie de lEcole, et en particulier lors de la formation des maîtres, ces pédagogies aux conséquences dramatiques.
LA FORMATION DES ENSEIGNANTS
Depuis plusieurs décennies, et avant même la disparition des Ecoles normales dinstituteurs et la création des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (IUFM), le contenu des enseignements dispensés aux étudiants qui se destinent à lenseignement primaire est basé en totalité sur des considérations dordre psychosocial. Les apprentissages fondamentaux ne leur sont plus présentés comme des savoirs mais comme des comportements liés aux conditions denvironnement. LInstitut national pour la recherche pédagogique (INRP), organisme tout-puissant qui est en fait le creuset doù sortent toutes les initiatives pédagogiques, publie des réflexions basées sur des hypothèses quaucun argument scientifique ne vient étayer. La formation véhicule ainsi des idées fausses, entièrement démenties par les neurosciences contemporaines. « Le scientisme » que dénonce si bien Liliane Lurcat confond le dogme qui, est une adhésion à des principes fondés sur la conviction, et la recherche scientifique, qui ne devient connaissance que lorsquelle a fourni les preuves qui valident ses hypothèses. Pour lEducation nationale, le cerveau nexiste pas où reste une boîte noire que personne ne veut ouvrir. Ses modes de fonctionnement nentrent jamais dans la formation des futurs maîtres de sorte que ceux-ci nont aucune possibilité de contester les théories qui leur sont enseignées. Aucune comparaison nest possible entre les diverses pédagogies puisque seules celles qui sont choisies par leurs éducateurs leur sont proposées. Si les méthodes alphabétiques sont citées cest pour mettre en avant leur caractère « démodé », contraire à la « démarche de lecture » et qui ne permet pas à « lapprenant » davoir accès à un véritable « processus de lecturisation » seul capable de lamener « à construire lui-même le sens du texte ». Si Le Bulletin officiel du 26 août 1999 préconise au CP un apprentissage rapide du code de correspondance entre sons et graphismes, il se garde bien de donner des indications sur la méthode qui doit être utilisée pour y parvenir. Souvent, plus tard, au contact des réalités concrètes de la vie scolaire et aussi en raison de leur bon sens, un certain nombre de maîtres se posent des questions sur le bien-fondé de leurs pratiques pédagogiques. Dans ce cas, pourquoi continuent-ils à suivre aveuglément des consignes dont ils perçoivent plus ou moins nettement la nocivité ?
La réponse à cette question est simple : ils sont pris dans létau dune hiérarchie qui, bien quelle prétende leur laisser la liberté de choix pédagogique, les contraint, en fait, à suivre les lignes imposées par le dogme. LInspection générale donne les directives qui doivent orienter laction des Inspecteurs qui, à leur tour, répercutent les orientations sur les conseillers pédagogiques et les maîtres. Dans les faits la liberté pédagogique de chacun est directement liée au choix de son Inspecteur. A quelques exceptions près, les maîtres se trouvent dans lobligation, surtout en début de carrière, dappliquer ce quattend celui dont leur notation dépend. Les maîtres dissidents subissent également la pression du groupe dans lequel ils travaillent. Nombreux sont les exemples prouvant quun maître dont les pratiques pédagogiques se démarquent de celles de ses collègues doit faire face à des situations disolement, voire dexclusion, que bien peu dentre eux peuvent supporter.
Dautre part, pour imposer dautres choix pédagogiques, les maîtres manquent darguments à opposer aux discours particulièrement hermétiques que constituent les rapports dinspection. Leur font justement défaut les connaissances quon leur refuse. Il est significatif de constater que tous les enseignants qui ont répondu au sondage organisé par ENSEIGNEMENT ET LIBERTE ont fait état du manque dinformation dont ils souffrent. Ils ont clairement exprimé leur souhait dune formation scientifique complémentaire indispensable, en particulier pour les maîtres du CP. Les témoignages que nous avons reçus sur cette question sont éloquents.
Devant une telle situation, peut-on rester inactif ? Comment accepter quà notre époque plus de la moitié des enfants ne puissent accéder à ce savoir indispensable à lacquisition de tous les autres, alors quil existe des moyens simples et peu coûteux pour éradiquer le fléau de lillettrisme ? Consciente de ces réalités, ENSEIGNEMENT ET LIBERTE a la ferme volonté dagir pour dénoncer linacceptable.
LES POSSIBILITES DACTION DENSEIGNEMENT ET LIBERTE
Refusant dentrer dans des querelles idéologiques stériles nous avons choisi de nous battre sur le terrain de la diffusion de la connaissance. Pour atteindre notre objectif nous navons quune arme utilisable : linformation. Nous devons faire connaître aux familles, aux enseignants, aux associations, aux personnalités et organismes concernés, et bien évidemment aux media, les dangers des pratiques pédagogiques actuelles en nous appuyant sur des éléments scientifiques indiscutables. Nous souhaitons que peu à peu une résistance sorganise et quil soit possible de comparer les résultats en lecture, écriture et orthographe décoles qui utilisent des méthodes alphabétiques avec ceux détablissements sociologiquement identiques pratiquant les méthodes actuellement en vigueur dans lEducation nationale. Nous devons également développer les contacts avec des personnalités qui, dans dautres pays touchés par le même fléau, prennent conscience de la nocivité des méthodes actuelles dapprentissage de la lecture et de leurs conséquences dévastatrices sur le développement de la structuration de la pensée.
Certes il ne suffit pas davoir raison pour convaincre mais quels que soient les obstacles, les faits parviennent à simposer. Lobscurantisme finit par céder lorsque des preuves tangibles simposent comme des réalités incontournables. Dans le silence qui enveloppe ce scandale permanent qui se développe depuis tant dannées en toute impunité, nous saurons être cette voix, certes faible mais quon ne peut cependant faire taire, qui, peu à peu, se fera entendre parce quelle sappuie sur des faits prouvés qui sunissent au bon sens pour faire triompher la raison.
ANNEXES
Nous présentons ici des extraits de deux conférences données en 1984 et publiées par le centre départemental de documentation pédagogique de lAcadémie de Grenoble. Ces documents ont été choisis parce quils résument parfaitement les dogmes fondateurs de toutes les méthodes utilisées depuis plus de trente ans pour apprendre à lire aux enfants. Les conceptions avancées ici restent les piliers de la réflexion pédagogique actuelle. Elles sont aux antipodes de ce que les neurosciences ont prouvé. Les méthodes dapprentissage de la lecture fondées sur ces bases sont les seules à être enseignées actuellement dans les IUFM.
Jean FOUCAMBERT : lacte de lire.
Alors chargé de recherches à lInstitut national de la Recherche pédagogique, J. FOUCAMBERT en est devenu le directeur. Ancien Inspecteur général de lEducation nationale, très présent dans les instances officielles, il est président de lAssociation française pour la lecture, et ses analyses jouent toujours un rôle majeur dans la réflexion pédagogique. On mesurera, ici comme dans lextrait suivant, lunivers qui sépare ces déclarations de la réalité scientifique.
« Il est faux de croire que lécole fonctionne mal ; au contraire cest un outil excellent dalphabétisation, et ce nest pas moi qui en dirai du mal. Le problème qui se pose aujourdhui autour de lécole et dans lécole, cest de savoir si le projet social, et non le projet scolaire est toujours un projet dalphabétisation. Si cest toujours un projet dalphabétisation, il faut continuer dans la voie de cette école et laméliorer. Mais si ce nest plus un projet dalphabétisation mais un projet de lecturisation, sil ne sagit plus dalphabétiser les gens mais den faire des lecteurs, alors cette école qui est un outil efficace, poli par des mains dartisans experts et dévoués que sont les enseignants, cette école doit être transformée. En effet, toutes les qualités de cet outil deviennent des défauts si le projet est différent de la raison pour laquelle il a été fabriqué. »
Opposant le sujet alphabétisé et le véritable lecteur, lauteur poursuit :
« Dans le cas des conduites alphabétiques, la largeur de ces fixations (ce que lil regarde de lécrit) est de lordre de 4 signes utilisés à la fois( ) Le lecteur lui, à chaque arrêt de lil utilise 20 à 30 lettres dans le même temps quil faut au déchiffreur pour en voir 4 ou 5. Ces 20 ou 30 lettres correspondent à 5 à 6 mots, presque toujours une proposition entière, cest-à-dire un ensemble qui a du sens. Il y en a un, le déchiffreur, qui avance en mémorisant des sons qui nont pas de signification tandis que le lecteur est quelquun qui traite directement avec ses yeux quelque chose qui a une signification . Autrement dit, le lecteur chaque fois, embrasse du sens. Toutes les recherches faites à lheure actuelle ont tendance à prouver que le sens est presque indépendant des mots qui le composent, cest-à-dire que ce que lon voit cest vraiment du sens et pas des mots ».
Eveline CHARMEUX
Dabord professeur dEcole normale puis conseiller pédagogique, Eveline CHARMEUX a joué un rôle capital dans la recherche pédagogique et reste un des grands « maîtres à penser » dont les écrits sont proposés aux élèves des IUFM.
« Lire nest pas, certainement, une activité aussi simple, aussi facilement décrite quon le croyait jadis( .)
Il faut bien se dire que sans lactivité de compréhension, il ny a rien. Ce qui implique que lélève qui déchiffre ou qui oralise sans comprendre nest pas un élève qui a maîtrisé une partie de la lecture. Cest un élève qui ne sait pas lire du tout et même qui est plutôt en retrait par rapport à ceux qui ne savent pas oraliser car la maîtrise de loralisation est une gêne à la lecture beaucoup plus quune aide. »
« On ne dira jamais assez que pour( )comprendre ce quon lit, il faut se servir de ses yeux, et uniquement deux. Ce qui veut dire que la construction du sens va se faire sur des indices linguistiques qui sont saisis dune manière visuelle. Autrement dit, il faut avoir été entraîné à donner du sens à des éléments de cette organisation spatiale que présente le texte. » ( )
« Il faut admettre enfin quil faut proposer aux enfants du vrai, du vrai dans la complexité de lauthenticité, tout de suite, et quon leur laisse le temps de sy habituer.
Au lieu de proposer des tâches faciles qui aggravent la différence entre ceux qui réussissent et ceux qui ne réussissent pas, et intériorisent léchec, je suggère de donner toujours des tâches complexes les concernant, mais dont lobjectif est de tirer le maximum et non de les épuiser. En lecture, si vous donnez une petite phrase à lire, il ny a pas de milieu ; il y a ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Alors que si vous donnez le journal de la télé ou la Dépêche, tout le monde trouve quelque chose et les enfants ont le sentiment quils sont capables de trouver. »
« Si nous voulons que nos élèves acquièrent la maîtrise de la lecture, il faut quils vivent des situations de lecture tout le temps différentes et quon bannisse de lécole le rituel qui aboutit à un ronronnement ; ça tue toute vigilance. Il faut apprendre à lenfant à découvrir ce qui est semblable sous des apparences différentes et réciproquement. Donc, lactivité de construction du sens étant une activité de raisonnement, activité intelligente dans laquelle il ny a pas de mécanismes, le déchiffrage nexiste pas. Il ny a jamais eu de déchiffrage dans la lecture. Personne na jamais construit du sens en déchiffrant. La mise en place dun mécanisme de déchiffrage et doralisation dresse des obstacles sur la route des enfants qui apprennent à lire. »
« Lire cest construire du sens sur un message. »
« En ce qui concerne le rôle de lécole maternelle, cest essentiellement de mettre en place le comportement de lecteur par la familiarisation avec le milieu et lactivité de construction du sens sur dinnombrables messages sur lesquels lenfant formule des hypothèses et de mettre en place la manipulation de lécrit »( .)
« On les aide à formuler des hypothèses de sens »
« Au CP il faut mettre lenfant en situation de confronter la réalité sonore de ce quil dit et la réalité visible de ce quil lit de manière non pas à découvrir comment sécrivent les sons, mais à découvrir, au contraire, quon ne peut pas se fier à ce quon entend pour savoir comment ça sécrit, ni à ce quon voit pour savoir comment ça se prononce.
Lobjectif de cette comparaison est un objectif de spécificité, cest-à-dire que les enfants vont découvrir quil ny a pas de correspondance terme à terme, mais quil y a un système. On va les aider à construire le système français arbitraire de correspondance phonies/graphies et on va les conduire au niveau du CE1 à découvrir que les lettres en français nont pas comme seule fonction de permettre la prononciation. Elles ont un rôle pour la compréhension (orthographe). Dou la nécessité de faire lire des textes où lorthographe est présente et pertinente. Un des plus graves reproches que je fais aux manuels quels quils soient, cest que voulant mettre en place une combinatoire à létat pur, ils ont choisi un vocabulaire qui est composé exclusivement de mots dans lesquels il ny a pas dorthographe »(. )
« En gros, la démarche que nous préconisons, cest de partir de la bouteille de Vittel que lenfant reconnaît grâce à sa forme et à la couleur de létiquette (pas du tout à partir de ce qui est écrit dessus). Puis on lamène à regarder ce qui est écrit sur létiquette et à devenir progressivement capable de reconnaître létiquette quand elle nest plus sur la bouteille et enfin à lire le mot Vittel écrit au tableau. »
BIBLIOGRAPHIE
Cette bibliographie ne représente quune part infime des travaux portant sur le langage écrit. Les publications concernant la dyslexie, quoique très importantes pour éclairer le fonctionnement cérébral, ne sont pas citées ici sauf une qui apporte des informations fondamentales sur la lecture. Un nombre considérable darticles concernant le langage oral, la neurologie de la lecture, les recherches les plus récentes dans ces différents domaines, lévolution des neurosciences, sont disponibles sur le site Internet du NICHD. Le lecteur intéressé y trouvera une mine dinformations. Sont seulement indiqués ici quelques articles de synthèse qui saccompagnent eux-mêmes dune bibliographie considérable.
NEUROSCIENCES
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Dévoiler la dynamique de la lecture.
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Thomas ELBET, Brigitte ROCKSTROH
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Helen J.NEUVILLE, Daphne BAVELIER
Lextension des aires visuelles chez les sourds.
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Les mouvements du regard : une affaire de saccades
La Recherche, n° 289, 1996.
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Les dédales de la mémoire,
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Informations sur les neurosciences, leur évolution, leurs apports
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Family Education:back to basis. K. MOONEY
Teach me to read
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Manhattan Project of the mind
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http://www.uthscsa.edu/mission/spring95/brainmap.html
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Pédagogie nouvelle
MINISTERE DE LEDUCATION NATIONALE ET DE LA CULTURE
Direction des Ecoles. 1992.
La maîtrise de la langue à lécole.
Centre National de documentation pédagogique.
C.GUILLAUME
Jaide mon enfant à lire.
Editions RETZ
V.BOUYSSE
De J.FERRY à lan 2000
I.E.N. Centre Condorcet. PARIS
N.BABIN
Programmes et pratique pédagogique.
Une autre approche de la lecture.
HACHETTE
A.BENTOLILA
De lillettrisme en général et de lécole en particulier
Plon 1996
Conférences dEveline CHARMEUX et Jean FOUCAMBERT (1984)
Une autre approche de la lecture.
Centre départemental de documentation pédagogique. Valence.
Réflexions et propositions pédagogiques
François et Liliane LURCAT
De la crise des sciences européennes au désastre de la lecture
Revue Anthropos (Apartado 387, .8190 Sant Cugat del Vallès, Barcelone
François et Liliane LURCAT
Le désastre de la lecture.
Esprit, n°147, février 1989
François LURCAT
Lautorité de la science
Ed.du Cerf, 1995
Liliane LURCAT
Vers une école totalitaire.
F.X.de Guibert.1998
M.JACQUIER ROUX, M.ZORMAN
Lentraînement phonologique
Collection Michèle PETRIS
Editions de la Cigale. Grenoble.
L.ISRAEL
Cerveau droit, cerveau gauche.
Plon. 1995
G.WETTSTEIN-BADOUR (Prix Enseignement et Liberté. 1994)
Lecture : la recherche médicale au secours de la pédagogie.
Auto-édition. 1993
Enseignement et Liberté 141, rue de Rennes. 75007 PARIS.
P.BERNARDIN
Machiavel pédagogue
Ed. Notre-Dame des Grâces.1995
Th.DESJARDINS Prix Enseignement et Liberté. 2000.
Le scandale de lEducation nationale
Editions Robert Laffont. 1999.
G.WETTSTEIN-BADOUR
Lettre aux parents des futurs illettrés
Editions de Paris. 2000
C.SYLVESTRE de SACY
Bien lire et aimer lire
Méthode BOREL-MAISONNY
ESF Editeur. 1997
Méthode JEAN QUI RIT
Editions Téqui.
Le roc Saint-Michel
53150 Saint-Cénéré
G.WETTSTEIN-BADOUR
Pour bien apprendre à lire aux enfants.
Méthode alphabétique plurisensorielle dapprentissage de la lecture.1998
FRANSYA, 33, rue de la Mariette 72000 LE MANS.
Pour bien apprendre lorthographe.
FRANSYA, 33, rue de la Mariette 72000 LE MANS.
DIVERS
Tom BURKARD
The end of illiteracy ?
The Holy Grail of Clackmannanshire
Centre for Policy Studies.1999
OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) Littératie, économie et société.
Enquête Internationale sur lalphabétisation des adultes. 1995
OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) Littératie et société du savoir.
Nouveaux résultats de lEnquête internationale sur les capacités de lecture et décriture des adultes. 1997
INSPECTION GENERALE de lEDUCATION NATIONALE
Apprentissage de la lecture à lécole primaire.
Janvier 1995.