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Dr GRZESIAK AIHP Pédiatre e-mail / tad.grzesiak@wanadoo.fr |
Rochefort 16 mars 2002
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Madame,
Permettez-moi, je vous prie, de m’adresser à vous au sujet de vos articles du Figaro du 20 février 2002 intitulés : " Lecture : Lang prône le retour au b.a.-ba ( mot-piège d’une récente dictée de M. Bernard Pivot) ", et " la fin de la méthode globale ".
Loin de moi l’idée de vous être désagréable car je suis convaincu que
1/ vous êtes sûrement sympathique,
2/ vous avez été chercher vos infos à l’Éducation nationale qui vous a donné sa version de la réalité
3/ vos enfants, si tant est que vous en ayez, n’ont pas été en primaire.
Le scandale de la méthode globale, car le mot n‘est pas trop fort, dure en France depuis 25 dans le meilleur des cas mais, en général, depuis 30 ans.
Et il a concerné et concerne toujours, contrairement à ce qu’on a pu vous raconter, hélas, tout le primaire ( à l’exception de " vieux " enseignants refusant en fin de carrière les diktats absurdes des " nouveaux pédagogues ", ou des écoles sans contrat avec
l’État).
Car la méthode dite semi-globale est en réalité une méthode globale.
Je puis vous en parler d’autant plus à l’aise que mon aîné,
26 ans, en a " bénéficié ". Actuellement ingénieur en informatique il souffre d’une " fragilité orthographique "dont il ne peut plus, hélas, comme tout ses petits copains, se défaire.
Au vu de ses résultats nous avons vite compris, et nous avons anticipé les dégâts avec les 2 cadets qui ont bénéficié de la bonne vieille " méthode Boscher ", éditée chez Belin, dès la fin de grande section, et, bien sûr à DOMICILE.
Bilan des courses : ils savaient tous deux lire en entrant en CP, et ils maîtrisent l’orthographe.
Pédiatre en ville depuis 25 ans je donne ce conseil pour tous mes petits patients de 5 ans et je puis vous affirmer que si les parents " marchent ", l’enfant entre en CP en sachant lire. Évidemment, en septembre, à la rentrée, on se fait admonester par les enseignants, " car ce n’est pas notre métier, et qu’il faut laisser faire les pros ", et puis comme on passe pour d’affreux bourgeois élitistes, on baisse humblement la tête sans répondre.
Mon vieil ami M. THOR…, principal du collège Grimaux de notre ville, à la retraite depuis une dizaine d’années me disait, " avec cette foutue méthode globale on a 25% de jeunes en 6ème qui ne comprennent pas ce qu’ils lisent, et qui sont incapables d’exprimer des idées par écrit…quant à l’orthographe, il y a tellement de fautes qu’on ne les corrige même plus ". Blague à part, dans les devoirs des gamins de CE1 les fautes d’orthographe ne sont plus corrigées depuis longtemps, je puis vous le dire puisqu’en visite à domicile, le soir, je suis bien placé pour le constater. Des enfants ne sachant pas lire en CE 2 ne sont pas rares…puisqu’on ne redouble plus. Ceci je le vois de mes yeux, parole d’homme.
Quant aux analphabètes autochtones, puisqu’en Charente Maritime les immigrés sont rares, ils existent et on rencontre des jeunes de 20 à 30 ans ne sachant pas écrire du tout, parfois au cours d’un stage professionnel.
Dans un autre ordre d’idées voici 25 ans à Rochefort il y avait une orthophoniste pour un bassin de 50 000 habitants. Il y en a aujourd’hui 10. Dire qu’elles interviennent souvent dans les cas d’échec d’apprentissage de l’écriture n’est pas exagéré.
Enfin, ayant le privilège de connaître des militaires formateurs sur la BA 721 de Rochefort-St Agnant ( la plus grande base école pour les sous-officiers de l’armée de l’Air), je vous transmets le témoignage suivant que j’ai pu recouper :
Lorsqu’un encadrant corrige une copie au vocabulaire choisi et à l’orthographe correcte il EST SUR d’avoir à faire à un étranger francophone, en l’occurrence à des Africains. Je vous rappelle que ces derniers bénéficient chez eux de la méthode alphabétique universellement employée…sauf en France.
Comme les stagiaires étrangers bénéficient d’un " bonus " de + 2 points, qui était destiné dans l’après-guerre à homogénéiser le niveau, le paradoxe actuel est que les élèves Africains flirtent souvent avec des notes proches du 20 alors que les élèves Français rament aux alentours de la moyenne!
Il serait donc question d’infliger un MALUS aux étrangers pour rétablir la situation.
Oh UBU !
En conclusion je puis vous certifier que l’École de la République, avec tous ses autres problèmes ne remplit plus, depuis longtemps, son rôle d’ascenseur social, ( mon père, étranger, était manœuvre chez Renault à Billancourt), et que les enfants allant dans une école de quartier pauvre ou défavorisé sont, hélas, grillés dès le départ.
La situation est très grave, je vous en prie : prenez en la mesure pour, grâce à votre noble métier, faire avancer les choses au lieu de caresser le mammouth dans le sens du poil, ( excusez cette métaphore facile, car je sais que votre honnêteté n’est pas en cause).
Avec l’assurance, chère Madame ou Mademoiselle, de mes plus respectueuses salutations,
Dr Thaddée-Albert GRZESIAK,
Pédiatre et père de famille.